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vendredi 21 novembre 2014

Chapitre 7 : Kingdom of wonders.





- je… oui, merci Virginie, moi aussi, heu, toi aussi. A demain…
Bip ! Bip ! Bip !
Elle avait raccroché.
 Je venais de rentrer au bercail depuis à peine cinq minutes, et mon Nokia s’était mis à sonner.
Et devinez qui m’appelait.
Virginie !
Oui, bon, facile, la réponse est écrite un peu plus haut.
Virginie m’appelait pour me remercier d’être intervenu ce matin. De l’avoir sauvée des griffes des Christini. D’avoir agi comme un vrai super héro. La totale, quoi !
Elle m’avais aussi demandé de remercier Momo de sa part à l’occasion. Mais moi, Marceau Martin, privilégié, j’avais eu droit à son coup de fil.
Enorme !
J’en étais tout excité.
Et vous savez ce qu’elle m’avait dit avant de raccrocher ?
« Fais de beaux rêves, Marfeau… »
Des beaux rêves, ça, c’est sur que j’allais en faire.
Si j’arrivais à m’endormir.
Je vous avais bien dit que cette journée avait été riche en péripéties.
J’embrassais mon Nokia. C’était le plus beau des portables. Même avec son écran fendillé qui pouvait faire croire qu’un 15 tonnes s’était acharné à lui rouler dessus.
Il y a quelques années de ça, Virginie, Momo, Thomas et moi formions un groupe uni comme les doigts de la main. (Avec Momo dans le rôle du majeur tendu, bien entendu). C’était juste après l’épisode du feveufurlalangue qui avait eu pour heureuse conséquence d‘intégrer Virginie à notre petit cercle.
Dès lors, on nous appelait le quatuor du collège Jean Jaures à Pierrefitte. Toujours ensemble, jamais bien loin les uns des autres.
A l’époque, Virginie ressemblait à un garçon manqué. Pantalon baggy couleur kaki, baskets blanches et teeshirt large de l’équipe de France de football, bleu, avec un énorme numéro dix au dos. 
Le comble, la seule dans le groupe qui adorait le foot, c’était la fille. Momo et moi à la limite, FIFA sur playstation, et encore, avec modération. Elle, sa chambre était un sanctuaire dédié aux stars du ballon rond. Tout son argent de poche passait dans les collections de vignettes auto collantes Pannini. Elle s’habillait comme un mec, parlait comme un mec et se battait comme un bonhomme. Un jour, un gros lourdingue avait eu le malheur de la traiter de fille qui aime les filles. Raison qui expliquait selon lui,  son problème de prononciation. Totalement vulgaire, et parfaitement déplacé.  En plein milieu de la classe elle était montée sur son bureau, avait choppé le rigolo et avait essayé de lui faire bouffer sa trousse, avec tous les crayons dedans ! Le prof d’anglais était intervenu au moment où Virginie s’apprêtait à lui faire déguster son compas par l‘oreille. Il avait eu du mal à les séparer.
Le club des quatre.
C’était le bon temps.
Et puis, petit à petit, Virginie s’était éloignée.
Au fur et à mesure que sa garde robe devenait plus, voire carrément féminine. La métamorphose avait commencé avec la disparition de son appareil dentaire pour se terminer avec sa première paire de chaussures à talons hauts. Elle avait trouvé d’autres compagnons, des filles pour la plupart, mais aussi des mecs relous, avec des mèches dans les yeux, des pantalons troués et des allures de surfers des bacs à sable. Elle avait décroché les posters de Ronaldo, Zizou et Ibrahimovic pour les remplacer par ceux de Tokio Hotel, Rihanna et Justin Bieber. Seul David Beckham avait encore le droit de s’afficher sur les murs de sa chambre. En tous cas, la dernière fois où j’y avais été invité, il y étais encore.
Et ça remonte à loin.
Qu’est-ce qui nous l’avait changée notre Virginie ?
Un truc qu’on appelle les hormones, sans doute.
Ouais.
Ben moi, je pense que les hormones, ça devrait être interdit dans l’alimentation des filles !
A l’époque, au fond de mon  jardin des secrets, bien avant que sa mère ne lui offre son premier soutif, j’étais déjà complètement accro d’elle. Mon trésor caché, sous la tonnelle de fer forgé, à l'ombre du grand chêne où j'avais gravé un cœur avec nos initiales.
Fais de beaux rêves, Marfeau…
Les conséquences de mon intervention ne se limitaient pas au retour de Virginie dans mon horizon.
Les frères Christini auraient leur revanche. C’est clair.
Mais ce soir, les trolls m’étaient complètement sortis de l’esprit, exclusivement focalisé sur le parfum, la voix, le regard de Virginie.
Demain…
Oui demain serait un autre jour.
Tandis que la pression retombait doucement, je repensais à mon roman.
Ce fameux chapitre 1 qui ne voulait pas démarrer.
La remarque de Thomas me revint en mémoire.
«  Ton rêve, ça ferait un bon début pour une histoire. »
Pas faux me dis-je, tandis que retentissait le vrombissement du ventilo de l’ordi qui s’allume. Suivi par la petite musique d’ouverture de Windows.
Alors que je m’apprêtais à lancer le traitement de texte, un détail me sauta immédiatement aux yeux : Dans la barre des tâches, en bas, une petite icône me signalait que j’étais de nouveau connecté à internet.
En rentrant, tout à l’heure, encore sous le coup de cette journée mémorable, j’en avait oublié ce  rituel qui durait depuis quatre semaines et qui consistait à éteindre/rallumer la box ADSL pour voir si ça fonctionnait à nouveau.
Yes !
Je n’étais plus banni de la toile.
J’allais pouvoir retrouver ma guilde.
Enchainer les instances dans mon MMORPG préféré.
Ce week-end, sur la vie de ma mère, j’allais rattraper le temps perdu. Deux jours non stop à pourfendre des mobs en série, à farmer comme un no life !
Heu, petit détail, samedi matin. Quatre heures de colle !
Tiens, du coup, pourquoi attendre samedi après midi ? Autant prendre de l’avance tout de suite avant le retour de M’man. Et tant pis pour les devoirs !
J’aurais bien le temps de voir ça avec Thomas avant de rentrer en classe.
Allez hop. Je lançais.
Page d’accueil.
Identifiant : MM_pourfendeur2Trolls
Mot de passe : Virginie95D
Le petit sablier de chargement qui tourne sur lui-même.
Et boum !
La cata !
« mot de passe incorrect. Veuillez réessayer ou contacter l’assistance si le problème persiste ! »
C’est pas possible ! C’est quoi ce gag ?
Quatre semaines privé de Wow et la galère qui continuait.
J’avais du faire une faute de frappe. On retentait !
Virginie95D, entrée.
Sablier.
Rebelote !
Message d’erreur !
C’était arrivé à Pons78, un mec de la guilde, son compte avait été piraté par des coréens. Un jour, pareil, impossible de se connecter, son mot de passe avait été changé par un hacker. Un petit génie du crime à la Fu-Manchu, bridé et malveillant et que j‘imaginais binoclard et rigolard, tout là bas, à l’autre bout du monde, planqué avec ses compères derrière son PC.

Ce soir, camarades hackers, opération pirate !
Nous attaquons le compte WoW de Marceau Martin !
A mon commandement, en avant !

Sérieux ! A quoi ça leur servait de piller des comptes de jeux en ligne à ces em……s virtuels. Pouvaient pas aller sévir sur les serveurs de la caisse d’épargne, ou ceux du pentagone, comme tout bon pirate informatique qui se respecte ?
Moi, MM_pourfendeur2Trolls, je leur avais pourtant rien fait !
Désabusé, je quittais la page d’accueil, et retournais à ma page blanche.
Chapitre 1 :
Non, ça ne viendrait pas ce soir.
Trop de trucs en Tête.
Virginie, le compte WOW piraté, le passage chez le proviseur, sans oublier la cerise sur le gâteau : les frères Christini en mode prédateurs, qui planifiaient de se confectionner une descente de lit avec ma couenne.
Je décidais d’aller faire un petit tour rapide sur le réseau social le plus en vogue, pour prévenir mes 287 amis facebookiens que j’étais de retour.
En espérant que ces maudits coréens, profitant de mon absence, ne me l’avaient pas également piraté, parce que, pour le coup, j’allais carrément péter un câble.
Non c’était bon.
Ça fonctionnait nickel.
Punaise, 185 notifications, 16 demandes en ami, 27 messages privés…
Il allait me falloir toute une vie pour lire  tout ça. Et plus encore si je voulais répondre…
Je choisis donc de rédiger un petit message bref, pour le reste, on verrait un autre jour.
«  Hello les mecs, j’suis de retour, j’étais en panne d’ADSL, mais bon, là, ça remarche. A+ »
Bref et concis. Juste pour expliquer pourquoi j’avais fait le mort depuis 4 semaines.
Au moment où j’allais me déconnecter, une pub sur la droite attira mon attention.
On appelle ça une pub ciblée.
Je ne sais pas comment ils faisaient, mais les mecs chez FB, à croire qu’ils connaissent tout de ta vie et de tes centres d’intérêt.
Je n’osais pas imaginer ce que Momo recevait comme pub ciblée, lui…
Quand à Thomas, il n’avait pas le droit d’avoir un compte facebook. Comme ça, au moins il était tranquille, et les espions du Net ne savaient même pas qu’il existait.
Ce qui n’était pas mon cas.
La pub représentait un dessin très coloré, dans le pure style manga coréen. (encore eux !). Au premier plan une superbe créature, genre héroïne dans un monde de fantasy. Je l’identifiais immédiatement comme une sorte de fée, puisque deux ailes de papillon lui sortaient du dos.

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Elle avait de grands yeux sombres aguicheurs, comme ceux d’une gazelle et qui semblaient me fixer. Certainement une illusion d’optique. Sa bouche charnue à demi ouverte lui donnait un air coquin, avec son petit tatouage en forme de pique sous l'angle externe de sa paupière droite. Classique pour émoustiller le client ciblé. (Toi, Ado, boutonneux et farci de testostérone, clique sur ce lien !). Des oreille en pointe, longues et fines jaillissaient de sa chevelure de jais taillée en mèches folles qui retombaient sur son front. Sa tenue vestimentaire, une sorte de caraco de cuir lacé sur une poitrine engageante et débordante était à la limite de ce qui était toléré avant d’attirer les foudres des censeurs de FB. Je ne vous parle pas du déhanché convenu mais ô combien provoquant.
Une bulle scintillante sortait de ses lèvres comme dans une bande dessinée : « Viens jouer avec moi ! Gratuit ! Tu ne pourras plus t’en passer ! »


En dessous, en lettrines pleine d’arabesques virevoltantes, on pouvait lire : Kingdom Of Wonders, le plus grand jeu de rôle en ligne entièrement gratuit.
Mais ce qui me fit vraiment tiquer, c’était le décors, derrière ma fée allumeuse.
Le sommet d'une petite colline verdoyante où s'épanouissaient des grands arbres dorés aux troncs biscornus. Je distinguais des silhouettes encapuchonnées vêtues de capes sombres priant devant un énorme monolithe noir parcouru de symboles étranges et iridescents.
J’imaginais qu’il s’agissait de druides ou de cultistes vénérant un dieu antédiluvien forcément maléfique prêt à se réveiller pour détruire le monde. Un truc classique vu et revu des centaines de fois.


Bref, une publicité racoleuse pour un jeu sois disant gratuit mais qui allait me couter un bras si je me laissais pigeonner. C’est vrai,  je ne risquais pas grand-chose vu que je n’avais pas l’âge d’avoir une CB. Mais c’était une image pour dire que cette pub, c’était forcément un attrape couillons.
Pourtant, je savais que j’allais cliquer sur l’annonce.
J’y étais obligé.
Impossible de résister.
Ce monolithe faisait naitre au plus profond de moi une sensation désagréable de déjà-vu.
Mais où ? Quand ? Dans quelles circonstances ?
Fais un effort, Marceau, tu dois te souvenir.
Ce monolithe, où l'as-tu rencontré ? Souviens-toi !
Bon sang ! Mais bien sûr, aucun doute possible...
Pas plus tard que la nuit passée.
Dans mon rêve.

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