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samedi 18 juin 2016

Chapitre 22 : Expédition souterraine.





- Maman, il se passe quoi, là ?

Je vous dis pas avec quelle célérité j’avais parcouru la distance entre la résidence de Virginie et notre pavillon situé à trois pâtés de maisons plus loin. L’adrénaline, c’est comme l’amour, ça donne des ailes.
Sauf que là, j’en étais tellement chargé que même Tyson Gay, le sprinter sous perf d‘EPO, m’aurait dit que c’était abusé.
Peut-être même qu’il m’aurait carrément demandé à quoi je carburais, dés fois que…
Failli me faire écraser trois fois en traversant comme un fou sans regarder, imprudent que j’étais, sans même respecter le petit bonhomme rouge en mode outré sur le feu tricolore.
 Vous savez quoi ? Forrest  Gump aurait pu s’accrocher pour tenter de me rattraper.
J’étais subitement devenu le rejeton de Sonic le hérisson bleu et de Flash le super héros rouge, en admettant qu’ils aient pu avoir un bébé ensemble…
Non, n’insistez pas, bande de libidineux abjects, pas d’illustration pour cette fautive et improbable copulation !

Bon, petit retour en arrière pour ceux qui n’ont pas suivi les chapitres précédents :
Mon nom à moi, c’est Marceau.
Je vis à Pierrefitte, 93 en force, dans un petit pavillon de banlieue nord et autrefois rouge, avec ma moman, Sarah, infirmière au grand hôpital Delafontaine à Saint Denis.
Je suis Lycéen, en classe de seconde et tous les matins, je dois me taper un trajet interminable en bus et baskets les jours de grève pour me rendre au lycée Feyder à Epinay sur seine.
Je suis plutôt moyen élève, un peu dissipé, surtout rêveur. En classe, je passe plus de temps à contempler les nuages à la fenêtre que le tableau noir qui devrait pourtant fixer toute mon attention. J’aime bien les jeux vidéo, surtout ceux avec des nains, des magiciens et des belles elfes court vêtues.
Ah oui, truc important, j’essaie d’écrire mon premier roman. Ça parle de quoi ? Ben lisez la suite et vous verrez par vous-même.
Bon. Approchez que je vous présente mes meilleurs potes :
Le rouquin binoclard et asthmatique, c’est Thomas, Tomtom pour les intimes. En culture générale, il explose tout, même les profs. Quinze-cent-quinze, Marie Gnan. Direct, sans la moindre hésitation. Ses parents méga catho tendance vieille France poussiéreuse veulent le fourrer dans un lycée privé à la rentrée. C’est vrai qu’au lycée Feyder, on peut rapidement se faire des mauvaises fréquentations. La preuve :
A coté, le rageux tout de nerfs et de cicatrices, en train de shooter dans une canette de Desperado vide, c’est Momo, Mohamed pour les intimes. Alors lui, c’est un ouf de première. Faut pas lui chercher les noises. Vous l’auriez vu, au chapitre 4 mettre une tannée aux frères Christini… Épique ! Un grand moment de kick ass.
Momo est, comment dire, Momo. Aucun qualificatif ne lui correspond.
Au loin, la pimbèche qui se la joue miss Seine Seins Denis, c’est Virginie. Admirez le capot, mais pas touche, c’est ma meuf. Enfin, presque, pas encore officialisé, mais on y travaille.
Justement, au chapitre précédent, figurez-vous que ma belle m’a carrément fait un strip dans sa chambre.
Non…
Si, si, je vous assure, allez voir, c’est quelques pages en arrière.
Alors, vous me croyez toujours pas ?
Ha, vous voyez, je vous l’avait dit.
Remarquez, je suis plutôt gentleman comme garçon, j’aurai pu profiter de la situation, laisser parler mes hormones d’ado printanier, mais non. J’ai résisté.
Comment ça, je suis trop con ?
Non mais je te permets pas. Qui t’es, toi pour m’insulter, hein ? Allez, referme ce roman de haute tenue morale et retourne faire ta petite affaire sur 50 nuances !
Incroyable quand même, même plus de respect pour les auteurs de nos jours. Tout ce barre en cacahuète.
Bon, en fait, j’avoue, j’ai juste un peu été sauvé par le gong.
Ma mère en stress ultime essayait de me joindre, mais je vous le donne dans le mille et sans frais supplémentaires, batterie de portable déchargée.
Du coup, c’est mon pote Momo, qui savait où j’étais, qui m’a transmit le message comme quoi je devais rentrer au bercail illico presto.
En gros, il se passait quelque chose de grave à la maison, là.
De très grave, même.
Tadadam !
D’autant que ces derniers jours, l’ambiance générale avait viré à l’étrange dans les environs.
Des trucs chelous genre coïncidences, qui, à la longue, peuvent rapidement te faire douter de ta santé mentale.
Mon roman, par exemple, ok, ok, j’avoue, un peu inspiré par le « royaume des devins » que m’avait prêté mon prof de maths, Mr Paturot, et dont les situations se retrouvaient comme par magie dans un jeu vidéo en ligne sorti de je-ne-sais-où.
Et c’est pas tout, un curieux monolithe qui venait hanter mes rêves et qui semblait la clé de voute de Kingdowns of Wonders, le fameux MMORPG sus-cité.
Tiens, cerise sur le ghetto, comme dirait Momo, L’arrivée de la nouvelle, Tania, la gothique, trop la classe, au passage, et qui ressemblait comme deux gouttes de pluie à Tanith, la gardienne du monolith de l’obscur jeu dont je vous ai parlé plus haut, faut suivre, des fois !
Ça commence à faire too much, non ?
Du coup, ben, quand ma mère en panique me demande de rentrer at home tout de suite, là maintenant, qu’est-ce que je fais.
J’enfiles mes baskets et je cours…

 Vite, gravir les marches du perron, et frapper très fort contre la porte à lucarne.
Note au passage, j’aurai pu faire l’effort de sortir mes clés, mais elles étaient dans mon sac, lui-même sur mon dos. Et en plus, il aurait fallu que cherche dans quelle recoin obscur elles s’étaient planquées. Que d’énergie gaspillée inutilement après cette course effrénée. Et j’avais surtout pas envie d’en ressortir mes doigts souillés par les miettes de Granola ou les restes du vieux kébab que j’avais eu la flemme de mettre aux ordures.
C’était pas dans son style à ma mère d’essayer de me joindre comme ça en plein milieu d’aprèm, surtout que j’étais censé être encore en cours à cette heure-là.
Il se passait obligatoirement quelque-chose de grave.
Tout en continuant de m’acharner sur cette pauvre porte qui ne m’avait pourtant rien fait sinon refuser de s‘ouvrir instantanément à mon approche, j’écrasais la sonnette d’un index anxieux et impatient.
Trois longues sonneries que j’entendis retentir dans la maison.
La silhouette de maman telle une ombre chinoise se dessina enfin dans la fenêtre entre les barreaux, indistincte à cause du petit rideau en taffetas blanc qu’elle avait accroché il y a une semaine afin de nous préserver un semblant d’intimité.
La porte s’ouvrit enfin.
Pas trop tôt.
Le visage de ma mère était blême. Même le fond de teint qu’elle avait exceptionnellement utilisé ce matin n’arrivait pas à cacher cette évidence.
Sa main droite vissée à son oreille était crispée sur le téléphone qui répétait inlassablement une phrase enregistrée que j’entendis, vu qu’il était réglé sur haut parleur.
«  Vous avez demandé la police, ne quittez pas, une opératrice va donner suite à votre appel… Bip ! En cas d’urgence, appuyez sur la touche dièse, sinon patientez. Tous nos agents étant actuellement occupés etc. etc. »
Genre t’appelles la police c’est forcément urgent, non ? Tu vas pas les contacter pour passer ta commande de courses de la semaine !
Momo en serait capable, style :
« Hé la basse-cour, il me faudrait une demi-douzaine d’œufs pourris, et fissa, c’est pour vous balancer à la tronche, mes poulets ! »
L’autre main de Maman referma la porte presque brutalement.
-’tain, ça répond jamais ! Ça fait une plombe que j’essaie de les joindre ! Quelle bande de…
Bip ! Fit le téléphone quand elle raccrocha.
Quand elle était énervée, ou en stress, ce qui était le cas en cet instant, ma mère était capable de jurer comme un conducteur de poids lourd qui croiserait inopinément la trajectoire de Victoria Grosseins.
Deux gros mots dans la même phrase. Là, on avait atteint la zone rouge.

- Maman, il se passe quoi, là ?
Elle reposa brutalement le combiné sur le petit guéridon de l’entrée, à côté de son socle, ce qui n’était pas dans son habitude, elle qui était si maniaque sur l’ordonnancement des objets. (Sauf pour la cave, où là, c’était carrément le souk.).
- Marceau, ce matin, quand tu es parti au lycée, est-ce que tu avais ouvert la porte du jardin ?
Je jetais un œil inquiet vers la cuisine, la porte qui donnait sur la petite cour remplie d’herbes folles et où des bambous vertigineux s’épanouissaient allègrement, était entrouverte. Des traces de pas et de la terre recouvrait le carrelage ocre clair se dirigeant vers la porte de la cave a coté du sac de courses non défait que maman avait juste posé par terre en rentrant.
- J’ai pas touché à cette porte, M’man, j’te jure ! Quand je suis parti, elle était fermée. J’aurais remarqué sinon avec le froid qu’il fait…
- J’en étais sure ! On a été visités ! Ça devait bien nous arriver un jour avec tous ces… Et les flics qui répondent pas !
Ben non, ils sont tous partis livrer les œuf pourris à Momo.
Sauf que là, je n’avais pas du tout envie de plaisanter.
Des cambrioleurs s’étaient introduits dans notre domicile.
C’était grave.
Toute l’avenue du Mal Foch avait été visitée un jour ou l’autre au cours de l’année passée. Nous étions donc les derniers sur la liste. Ce qui était logique, somme toutes, mais pas pour autant rassurant.
J’allais faire un tour anxieux dans le salon :
Ouf ! Ma vieille PS3 était toujours là, accrochée à l’écran plat tout neuf par son cordon ombilical spiralé
.
Je montais dans ma chambre, coup d’œil rapide
Pareil, à priori, rien n’avait bougé, l’ordi bien posé en évidence sur mon bureau.
Le placard était grand ouvert, mais ça, c’était moi ce matin qui ne l’avait pas refermé. Comme à mon habitude.
Je redescendais voir Maman. A deux, on se sent plus en sécurité.
Elle était de nouveau au téléphone.
- C’est bizarre, ils n’ont rien volé on dirait. Qu’est-ce que tu fais ?
- J’essaie d’appeler l’assurance !
- Attend, il faut déjà vérifier, ça sert à rien de les déranger sans savoir ce qui manque…
- ‘tain, marre de ces répondeurs ! Oui tu as raison. Tu as été voir là-haut ?
- Oui, tout à l’air OK !
Faut dire que ma mère et moi n’étions pas forcément des bons clients pour d’hypothétiques cambrioleurs. Pas de coffre-fort planqué derrière une toile de maitre. Pas de lingot sous le sommier, Jamais plus de vingt euros en liquide que ma mère laissait sur le petit guéridon de l’entrée en cas de besoin.
Et qui y étaient toujours, au passage.
A priori, ils avaient un autre centre d’intérêt, ces voleurs.
- Et la cave ? Tu as été voir, M’man ?

La porte qui menait à la cave était entrouverte. Et les petites traces terreuses y conduisaient assurément. Pas besoin des lumières de Thomas pour comprendre que tout se jouait en bas.
Ma mère ouvrit grand la porte et alluma la lumière de la descente de cave.
Les traces y continuaient leur chemin.
Bingo !
Je pris la première arme qui était à ma portée, ( un chausse-pied.), et je suivis ma mère en silence.
J’avais l’impression d’entendre des petits bruits en contrebas, mais je pense que c’était mon imagination. Du moins, j’espérais.
- On ferait mieux de remonter, non ?
- Chut… j’entend du bruit.
Sur la première marche, il y avait un gros marteau dont Maman s’était emparé avec assurance.
Elle le brandissait à deux mains devant son visage. Prête à frapper si nécessaire.


Spéciale dédicace à tous ceux qui flippent en allant chercher une bouteille de lait dans la cave.

Le bas de l’escalier était plongé dans la pénombre. Il fallait actionner un second interrupteur pour donner de la lumière dans le débarras où ma mère entreposait ses trouvailles de brocante.
Le néon qui devait apporter l’éclairage salvateur était un peu défaillant. Clignotant de longues secondes avant de se stabiliser enfin, baignant la scène d’une lueur crue, un peu bleutée.
 En haut, le téléphone sonna, nous faisant sursauter…
- Va répondre, m’ordonna ma mère.
J’avais accroché son pull, et de toutes façons, il était hors de question que je l’abandonne ici.
A la troisième sonnerie, j’entendis le répondeur se déclencher. Puis, suivit le message, une voix féminine, reconnaissable entre mille :
«  Allo, Marfeau ? F’est moi, f’est jufte pour favoir fi tout va bien. A pluf ! »
Virginie, ma belle stripteaseuse, avait raccroché.
Il fallut encore quelques secondes pour que nos pupilles s’habituent à la clarté scintillante du néon.
Rien ne semblait avoir bougé depuis ma dernière expédition dans ce fourbis inclassable.
Des dizaines de caisses en carton empilées les unes sur les autres, des écrans d’ordi fissurés, et même la vielle TV cathodique qui pesait trois tonnes était encore à sa place, à coté du fameux vélo sans selle.

Miiiiiiaou !

Vous avez sursauté ?
Moi aussi !
Tout au fond, Miss Tigrise se tenait perchée sur la cage de notre regretté lapin que maman n’avais jamais eu le courage de jeter aux encombrants, léchouillant langoureusement ses pattes couvertes de terre.
La trappe du dessus, était ouverte.
A travers les fins barreaux métalliques, je distinguais au milieu d’un nuage d’insectes bourdonnants une touffe informe de poils maculés d’humus.
Dans la cage, éparpillés, il y’avait aussi des petits ossements. Partout.
Mao…

vendredi 15 janvier 2016

Chapitre 21 : Allumette, gentille allumette…




- Je dois aller faire une course, soyez sages tous les deux. Pas de bêtise, hein ? Nous intima Madame Grosseins, en refermant la porte de la chambre de Virginie. Elle tenta même de faire un clin d’œil à sa fille, mais peine perdue, son dernier lifting en date lui interdisait formellement toute contraction asymétrique d’un seul muscle du visage.
Comme vous pouvez le constater, j’avais choisi l’option A. Celle qui me semblait la moins pire, grimpant donc dans la grosse bagnole enfumée qui faisait sans doute cauchemarder tous les écolos des environs. Et même du monde entier. Mais la daronne de Virginie s’en tapait royalement le coquillard. Rien à battre du trou de la couche d’ozone. Le seul trou qui comptait, c’était celui de son compte bancaire, perpétuellement dans le rouge, à tel point qu’un jour elle avait traité son banquier de « sale coco ».
Et j’avais donc abandonné Momo et Tania qui étaient certainement en train d’attendre le prochain bus dans le froid et l’humidité automnale.
L’option B qui consistait à décliner l’invitation de Virginie aurait abouti à une catastrophe style hiver nucléaire dans nos relations.
Laisser Tania entre les griffes de Momo me laissait pourtant un gout amer.
Qu’allaient-ils bien pouvoir se raconter ces deux là ?
Dans sa tire, Madame Grosseins, qui s’appelle Victoria au passage, fumait clope sur clope, ce qui devait partiellement expliquer le ton grave et cassé de sa voix presque masculine. Elle écoutait à fond le troisième album de Jennifer, lunatique, et n’hésitait pas à accompagner le refrain, entre deux invectives dignes d’un routier à l’adresse des automobilistes dont elle grillait sans complexe la priorité.
Les feux rouges ? Connais pas !
Les stops ? Ah bon, où ça ?
Les points sur son permis, il ne devait pas lui en rester des masses.
Entre deux couplets de « Tourner ma page », elle me remercia d’avoir défendu sa fille l’autre jour. Me complimentant sur mon courage en profitant de l’occasion pour vilipender allègrement tous les mecs de la terre qui n’étaient que des couards ou des impuissants, à son avis.
Pas un mot pour mon pote Momo, au passage, qui avait pourtant fait la majeure partie du boulot.
Pendant tout le trajet, elle n’arrêtait pas de parler entre deux couplets de Jennifer et une invective mal placée contre la grand-mère qui mettait trois plombes à traverser.
Ainsi, j’avais donc appris qu’elle voulait que sa fille soit médecin, ou qu’elle se marie plus tard avec un chirurgien renommé, me demandant au passage si je ne voulais pas faire médecine.
Elle avait commandé sur internet une paire de Louboutins à 85 euros, une affaire, mais le précieux colis n’était jamais arrivée au bout du compte. Sans doute volé par un agent de la poste peu scrupuleux.
Aux prochaines élections, elle allait voter Marine, ça c’est sur ! Et plutôt deux fois qu'une.
Elle avait obtenu un prix imbattable pour son dernier lifting et sa paire de seins modèle XXL. D’ailleurs son plasticien lui avait filé un rancard mais pour le moment elle le laissait mariner dans son jus. C’est comme ça qu’il fallait faire avec les hommes, tous des cochons et blablabla…
Bref,  intarissable.
On l’avait surnommée La Lolo Ferrari.
Mais moi, elle me rappelait un peu Kim Kardashian, la femme du rappeur Kanye West, version banlieue nord, avec quelques tours de compteur en plus.
C’est vrai qu’elle savait imposer son style avec ses jupes ultra moulantes, ses bottes à talons hyper hauts de chez Milano et son chemisier ouvert sur un décolleté tellement vertigineux que si tu le prenais en photo en gros plan, tu pouvais croire que c’était le grand canyon vu d’hélico.

Une fois la porte refermée, un silence un peu gêné mais ô combien salvateur nous permit de souffler un peu.
La chambre de Virginie ne ressemblait en rien à celle que j’avais connue il y a quelques temps.
Plus de posters. Même David Beckham avait été décroché du mur.
Un papier peint bleu pastel sur lequel avait été épinglés des centaines de selfies mettant en scène la belle Virginie en compagnie des lourdingues qu’elle fréquentait aujourd’hui.
Par contre, la pièce était impeccablement rangée.
- Elle est un peu foulante, ma mère, non ?
- Heu, oui, heu non, c’est pas ce que je voulais dire, m’embrouillais-je les pinceaux.
Ce qui la fit éclater de rire.
Je l’avais oublié son rire que nous partagions inconscients quand nous étions enfants.
Un rire tellement délicieux, sans retenue, sublime du début à la fin de son expression.
Un rire magique qui me redonna de l’aplomb.
- Alors c’était bien ton aprèm à l’aniv de Maximilien ?
- Ah, oui, fuper cool. Y avait plein de types que je connaiffais pas, des mecs de terminale et même des mecs qui font à la fac.
J’étais assis sur son lit, tandis qu’elle rangeais sa veste dans sa penderie.
- Et tu fais quoi, y a même un type de 23 ans qui travaille pour le finéma qui m’a dit que j’avais le physique pour tourner dans les films !
J’avais envie de lui rétorquer qu’avec son problème de prononciation ça ne pourrait être qu’un rôle muet, mais je n’avais pas envie de trop la blesser malgré tout.
- Y avait de l’alcool auffi. Y a même une nana qui à roulé un gros fplif et l’a fait tourner. J’te raconte pas quand les vieux de Max on déboulé de retour de leur Week-End à Deauville…
- Tu… tu as fumé de la drogue ?
- Mais non, Jufte un ou deux verres de vodka orange. Ah, et puis quelques Whyfki coca, je me fouviens plus combien. J'étais un peu paf.
Virginie, future actrice de film muet et déjà alcoolique. La panoplie complète ! C’était pour quand la cure de désintox en première page de Closer ?
Virginie avait enlevé ses chaussures et s’apprêtait à retirer son chemisier azur tendance Saint Raph à col blanc.
J’ai juste eu le temps d’entrapercevoir involontairement une broderie de son soutif de dentelles roses sur fond bleu avant de me retourner rouge comme une tête d’amanite phalloïde turgescente.
Abusé là ! Sérieux ! On était plus en primaire quand on dessapait sans complexe dans le vestiaire mixte du gymnase de l'école Jean Jaures.
Et c’était pas fini !
Virginie se contorsionnait maintenant pour ôter son pantalon slim en skaï bleuté.

Cette scène d'un érotisme torride m'a été imposée par mon éditeur.
Je demande pardon aux parents de Tomtom qui me liront certainement.
Heu...  DSL.




Je lui faisais dos, et je n’aurais rien du voir, sauf que face à moi, contre le mur se dressait un miroir psyché qui me renvoyait, goguenard, l’image de ma belle carrément indécente là !
Du coup, j’adoptais profil bas en contemplant mes Convers.
Ho, les belles Convers que voilà. Avec des lacets. Tiens, celui de droite est un peu défait. Je vais le resserrer…
Derrière, ça s’affairait grave dans l’armoire.
- Et voilà ! Je t’avais dit que je faisais du cofplay ?
- Heu oui, je crois…
- Je fuis invitée au Paris Manga expo en novembre. Tiens, je te montre la tenue que j’ai choisie. Tu peux te retourner, Marfeau, j’ai fini…
Je pris donc mon courage à deux mains, même que j’en aurait eue une troisième, ça n’aurait pas été de trop !
Tadada !!!
Heu… 
Oui, heu, comment dire…
- Tu y vas comment à la Manga expo ? En transport ?
- Mais non, f’est ma mère qui va m’y accompagner !
Ah, autant pour moi, l’honneur est sauf ! Sans quoi, on aurait certainement eu droit à une catastrophe dans le RER. Genre émeute avec intervention du GIGN pour outrage à la pudeur.
Ce que j’avais entraperçu dans le miroir coquin de Virginie, ce n’était rien en comparaison à ce qu’elle me dévoilait tandis qu’elle finissait d’enfiler sa paire de très très hauts escarpins compensés bleu roi tendance Louis XIV.
Virginie avait revêtu une panoplie style soubrette aux nuances entrelacées de saphir et de blanc, ornée de dentelles mais tellement courte que si elle se baissait…
Non interdit de se baisser quand on est habillée comme ça !
En plus, elle avait osé les Dim up blancs pour parfaire le côté méga provoc.
Non mais sérieux, Virginie...
Tu vas pas y aller comme ça à la japan expo !
Si ? Ah bon...


Je vous ai précisé que la tenue était en latex ? Non ? Ben alors, voilà, c’est fait. On fait pas les choses à moitié dans la famille Grosseins. Une tenue comme ça, tu la trouves pas aux Galeries Lafayette. Ou alors au troisième sous-sol, réservé aux adultes libertins, rayon fetish, à côté des ustensiles de massages intimes...



Ils allaient se régaler les vieux pervers qui trainent à toutes les conventions cosplay avec leurs téléobjectifs libidineux !
Si j’étais la daronne de Virginie, jamais je n’accepterai que ma fille puisse s’exhiber ainsi en public !
Mais bon, quand on voit la mère…
On voit l’horizon, et même la lune quand le soleil se couche, aurait rétorqué Momo, plein de poésie parfois.
- Je fuis déguisée en Alife, crut-elle bon de préciser. Tu peux m’aider à m’attacher derrière ? Il faut faire un gros nœud.
- Un gros... nœud, heu... oui, j'arrive.
Momo aurait été là, je vous dis pas !
Je devais effectivement faire une belle rosette avec la ceinture de lamé blanche qui devait souligner sa fine taille. En essayant de rester serein. Penser à mes dernières vacances à la mer, et mes leçons d'initiation à la voile. Je maitrisais le nœud d'amarrage comme personne, alors une belle boucle à l'arrière de ce dos cambré ne devait pas me poser de soucis...
Et ben si !
L’opération menée à terme et non sans mal tellement mes doigts tremblaient, Virginie pirouetta sur elle-même, me faisant face.
- Alife au pays des merveilles, tu connais ?
- Heu, oui, mais pas cette version là !
Le rire de Virginie.
- Je t’adore, Marfeau, tu m’as toujours fait rigoler.
Elle me serra très fort contre elle, et moi, je ne savais même pas où je devais placer mes mains.
Je décidais de les laisser en l’air derrière son dos.
- Alors, verdict, fit-elle en s’écartant ?
- C’est, comment dire, très réussi.
Virginie était maintenant affairée à attacher ses cheveux pour donner naissance à deux couettes haut perchées retenues par des petits liens de tissus bleus auxquels elle donna la même forme que le dos de sa ceinture.
Bien, passons aux choses sérieuses.
- Au fait, tu la trouves comment la nouvelle ?
Juste comme ça, l’air de ne pas y toucher. Sans prévenir.
- Heu, Tania, heu, elle a l’air sympa, non ? C'est ta voisine de classe.
- Ben moi, j’l’aime pas !
Voilà, ça au moins, c’était dit. Mais on s’en doutait déjà un peu.
- Elle fe prend vraiment pas pour de la crotte avec fes grands airs et fes fringues de gothique à trois balles. Tu la trouves Fympa, toi ? Moi, je vois fa gros comme une maison. Fi elle cherche les embrouilles, elle va me trouver !
Dring ! Dring ! Émit soudain l’Iphone de Virginie.
Ouf, sauvé par le gong !
- Allo ? Ouais, salut Momo, fa va ? Ouais, il est là, j’te l’paffe !
Elle me tendit son précieux, protégé d’une coque de la même teinte que sa panoplie.
- F’est pour toi. F’est Momo.
Au passage, même pas un merci pour l’autre fois. Ingrate, va !
- Allo, Momo ?
- Ouais, salut mon pote. Désolé de t‘interrompre en plein milieu de ton cours privé de spéléologie féminine, mais y a ta daronne qui te cherche partout.
- Ma mère ? Qu’est-ce qui se passe ?
- J’en sais rien moi, elle m’a pas dit. Elle avait l’air en stress, et toi tu répondais pas.
Mince, batterie vide. Comme souvent.
- Dis voir, tu nous feras un résumé de ton cours particulier demain ? Enfin surtout pour Thomas, moi, je connais. Allez, grand, j’te laisse !
Tu parles !
- Y a un problème ? M’interrogea Virginie tandis que j’enfilais ma veste, la mort dans l’âme.
- Ma mère, elle a essayé de me contacter, mais j’avais plus de batterie. Selon Momo, y avait un truc qui clochait.
- Grave ?
- Je sais pas trop. Je dois y aller.
- Ok, Ok, à demain…
Tiens, elle avait l’air déçu de me voir m’éclipser si brutalement.
Je l’abandonnais donc un peu boudeuse dans sa chambre, avec sa petite robe d’Alice, ses bas blancs et ses escarpins que sa mère avait du payer une fortune samedi dernier à Val d’Europe.
Au bout du compte, c’était qui l’allumette dans l’histoire ?

vendredi 8 janvier 2016

Chapitre 20 : Mélomane.





J’ai oublié de vous parler d’un truc.
Momo était mélomane. En gros, ça voulait dire qu’il adorait la musique.
Toutes les musiques.
Sauf le rap !
Si tu avais le malheur de lui passer un Booba, ou même un truc plus consensuel style sexion d’assaut, le mec Momo se mettait en mode berserk, devenait tout vert, triplait de volume, déchirait son survet Addidas et son sweet à capuche de chez Finger, pour aller frapper le mur d’en face  à grands coups de boules répétés. Même que de la fumée lui sortait des naseaux !
Ben quoi ? Un ado qui vit dans une téssie du neuf-trois n’est pas forcément obligé d’apprécier le Boum-Boum. Faut éviter de tomber dans les clichés.
Sur Quizsongs, il nous explosait tous. Et sans contestation possible. Surtout Thomas dont le répertoire musical semblait s’arrêter à la version de Tino Rossi du petit papa noël.
Momo était un inconditionnel de la chanson française.
Des vieux trucs surtout. Il me disait que ça lui rappelait quand il était dans le ventre de sa mère. No soucy à l’époque.  Bien au chaud et sans risquer une vilaine torgnole de son daron.
Je l’ai même vu pleurer une fois en écoutant la môme Piaf. Bon, mais ça, c’est entre nous. Il m’a fait jurer de ne jamais le répéter.
Je crois même qu’il a vu le film au moins vingt fois.
Mais sa chanson préférée, à l‘époque, c’était le sud, de Nino Ferrer. Ça le faisait voyager dans des contrées, de l’autre côté de la grande bleue, où le soleil n’était pas encore tout gris.
La musique classique aussi le transportait, et pas seulement Wagner.
Fallait le voir, sourire béat quand on lui mettait le CD de la petite musique de nuit du mec Mozart.
Il se prenait même pour le chef d’orchestre. Mimant les violonistes et les clavecinistes en même temps. Il était en extase. Surtout au final, pour le solo de batterie !
Et en plus, il chantait bien notre apprenti délinquant mélomane.
Une voix en or qui pouvait monter très haut et descendre tout en bas. (DSL pour les pléonasmes.). Et tout ça au cours du même couplet.
Gagnant à la nouvelle star, c’était une évidence. Sauf qu’il risquait de mettre le feu à la scène. Au propre comme au figuré.
On aurait du refiler le tuyau aux profs. Faire cours avec un léger fond musical. Comme ça, Momo gentil, tout bien lavé du cerveau. Juste penser à lui essuyer le filet de bave pour pas tacher son cahier.


Momo au septième ciel...
Ça vaut bien un p'tit dessin, non ?




Tiens, je viens de réaliser que j’étais totalement hors sujet.
Je ne vois pas pourquoi je vous raconte tout ça maintenant, puisque nous venions de sortir de la cantine, qu’il restait une bonne demie heure avant la reprise pour finir les présentations d’usage, et que la musique, dans la cours du lycée Feyder y était interdite depuis qu’un groupe de rap autochtone avait tenté de s‘y produire, nécessitant l’intervention de trois cars de police.
Pour calmer Momo.
Ok. Vous n’êtes donc pas obligé de lire ce qui précède. Cela ne nuira pas du tout à la bonne compréhension de la suite.

- Salut, mon nom, c’est Tania Mac Leen, j’ai pris le bus avec Marceau ce matin et il m’a dit que toi et Thomas étiez ses meilleurs amis.
J’avais omis de parler de Virginie.
Momo tournait autour de Tania, ne sachant trop si c’était du lard ou du cochon cette fille-là.
Il consentit toutefois à serrer la main résillée qu’elle lui tendait.
Avec réserve, faut pas charrier quand même.
Pareil pour Thomas, à l’écart qui ne lâchait pas son hostie au fond de sa poche. Vestige de sa communion. Elle avait du fondre depuis le temps.
- Ouais, ben moi, c’est Momo. Et le rouquin là-bas qui se planque c’est Tomtom.  Et tout là-bas derrière, à côté du gros lourdingue poilu qui va s’en manger une s’il continue à la draguer comme un morfale, c’est Virginie, la petite amie de Marceau.
Punaise.
Merci Momo, je t’adore.
Un tour de force cette présentation.
- Ah, fit Tania en se contorsionnant pour mieux voir l’autre côté de la cour, c’est ma voisine de classe. Hum, j’ai l’impression qu’elle ne m’aime pas beaucoup. C’est vraiment ta girlfriend, Marceau ? Parce que là, j’ai plutôt l’impression qu’elle cherche à te mettre dans l’embarras.
Thomas intervint. Volubile.
- C’est pas sa petite amie, c’est juste notre copine d’enfance. Sauf que depuis la rentrée elle fait sa délurée, mais ça va lui passer. En fait, elle est plutôt très sympathique. Enfin, ça dépend des fois. Et avec qui. Tiens, il y a deux ans, elle a mordu sa copine de classe, Nathalie, à la main, parce qu’elle avait écrit des trucs sur elle sur facebook. Moi, je n’ai pas facebook, alors j’ai pas pu lire, mais la mère de Virginie a été porter plainte et, c’est rigolo, la mère de Nathalie aussi et elles se sont toutes les deux retrouvées au commissariat et se sont battues. C’est la brigadière de faction qui a du les séparer. Ensuite, la mère de Nathalie l’a mise dans une école privée, même que mes parents qui ne voulaient pas que je suive mes amis au lycée Feyder, m’y avaient inscrit pour la rentrée, mais il n’y avait plus de place…
Le monologue de Thomas continua jusqu’à la fin de la pose du midi.
Un peu trop fastidieux à retranscrire ici.
- Hello Thomas, merci pour toutes ces précisions, je tâcherai de m’en souvenir, ponctua Tania tandis que retentissait la sonnerie de reprise de 14 heures.

Étrange.
Ce n’était pas dans son habitude d’être en retard. Pourtant, à 14 heures 15, toujours aucune nouvelle de notre prof de maths.
Nous étions tous réunis devant la porte de classe fermée lorsque Mr Ramirez, le surveillant vint nous annoncer que Mr Paturot n’assurerait pas ses deux heures de cours.
Comme la semaine précédente d’ailleurs.
Et comme notre pomponnée prof de Français, Mme Anna Gnanz était clouée au lit par une bonne gastro, c’était fin des cours pour aujourd’hui. Et tant pis pour les fleurs du mâle !
Mr Ramirez vérifia sur nos carnets de correspondance que nous avions bien le droit de sortir de l’établissement dans ce cas de figure, ce qui était le cas, sauf pour Thomas qui du s’enquiller 3 heures bloqué en permanence.
Virginie avait sans doute déjà sorti son Iphone dernière mais pas ultime génération pour appeler Hubert, enfin non, sa daronne en 4X4, qui viendrait certainement la quérir à la sortie du lycée.
Pour nous autres, simples piétons, ça serait longue attente à la gare d’Epinay-Villetaneuse, vu qu’à cette heure là, les bus, il n’y en avait pas trop. (Heure de la sieste oblige.).
En y repensant, l’absence de Mr Paturot était quand même assez surprenante.
Lui qui avait la réputation de ne jamais louper une heure de cours, d’arriver toujours largement en avance. Consciencieux jusqu’au bout de sa craie. Jamais malade, la grippe, connait pas ! A croire que les virus l’évitaient. Peut-être grâce à son armure de protection légendaire avec sa formule magique pour repousser les miasmes malsaines.
E=MC2.
Même les jours de grève, il était là. Nous avions pu le confirmer déjà deux fois depuis la rentrée. Le seul prof présent de tout le lycée, alors que ses collègues devaient sans doute manifester au fond de leur lit ou devant leur écran d’ordi à jouer à candycrush.
Mr Paturot habitait aussi à Pierrefitte.
Je le savais car le second jour de la dernière grève en date, sa petite voiture de marque non identifiée, rose d’un côté et noire de l’autre, tuning improbable, s’était arrêtée devant l’arrêt de bus où nous attendions, Thomas et moi, un hypothétique car qui devait être solidaire du mouvement des profs.
- Je vous dépose, jeunes gens ?
Et pendant le trajet à écouter les Pink Floyd ou un autre truc planant sur le radio cassette, (Vous avez bien lu !), il nous glissa dans la conversation qu’il habitait une petite maison à côté du cimetière, pas très loin de la résidence de Virginie. Juste en face pour être plus précis.
Momo aussi était solidaire ce jour là. Dommage pour lui, sur qu’il aurait apprécié le morceau de Tangerine Dream qui passait, et avait servi de générique au premier volet de l’exorciste.

Tiens, du coup,  j’avais le temps cet aprèm.
Et si j’allais faire un tour juste pour prendre des nouvelles de Mr Paturot ? Et puis lui parler aussi de tout ce qui trottait dans ma tête.
Le destin se chargea de prendre la décision à ma place.
J’irai bien dans le quartier du cimetière de Pierrefitte cet après-midi là, mais pas pour y rencontrer mon prof de maths.
Après avoir récupéré mon sac qui trainait là où je l’avais jeté, je suivis mes potes tout excités d’échapper à deux heures de maths suivies des proses improvisées et assommantes de la prof de français et son inénarrable choucroute cendrée.
Alors que nous marchions sans nous presser, Tania, Momo et moi vers la gare, Un gros Pouêt- Pouêt, imitant le son d’une corne de brume version disco retentit , nous faisant simultanément sursauter.

Durant la première partie du trajet, juste avant cette nuisance sonore impromptue, Momo avait commencé à se décoincer un peu vis-à-vis de notre nouvelle camarade à l’allure si particulière.
Il faut dire que Tania avait beaucoup de charme, et un humour so scotish qui n’était pas pour déplaire à mon pote professionnel de la vanne foireuse.
A plusieurs reprises, le petit diable m’avait, pas trop discrètement, fait un gros clin d’œil pouce levé, l’air de dire : « Elle est bonne, hein ? »
Question à laquelle j’avais répondu par un haussement d’épaules gêné.
Tania n’était pas aveugle, et c’était par son petit rire ensorceleur qu’elle avait répondu à la question affirmation pourtant déplacée de notre apprenti dragueur.
Si Virginie avait été à sa place, sûr qu’une mémorable, quoi qu’amicale baston aurait éclaté entre les deux comparses d‘antan.

Pouêt ! Pouêt ! Réitéra le klaxon. En version techno new wave cette fois.
C’était le gros hammer de Virginie. Enfin de sa mère.
La portière avant droite s’ouvrit sur ma belle traitresse de copine, tout sourire.
- On te ramène, Marfeau, à fette heure, il n’y a pas trop de bufs…
Tout sourire pour moi et surtout pour Tania.
Sourire coincé quand même.
Heu…
Vous auriez fait quoi à ma place ?

lundi 28 décembre 2015

Chapitre 19 : Coïncidences.



Vous allez me dire, trop c’est trop !
Le tatouage, le même que la fille du jeu vidéo.
Les coïncidences qui commencent à s’accumuler un peu partout, ça fait beaucoup !
Cette histoire qui démarrait de manière banale va bientôt basculer dans le surnaturel si je ne fais pas gaffe. Ça va devenir franchement n’importe quoi.
Ben, je n’y peux rien.
Moi, je raconte juste ce qui c’est passé. Après, si vous ne me croyez pas, c’est votre problème, pas le mien.
Personne vous oblige. Non seulement c’est gratos mais en plus vous râlez ! C’est fou ça, quand même !
Et encore, vous avez rien lu. Ce n’est que le début. Je préfère vous prévenir.
Bon allez, retour à l’histoire :


L’arrivée de cette nouvelle lycéenne obligea la prof d’histoire géo Madame Dagobert à réorganiser le plan de classe. Car Tania, ma nouvelle copine, rencontrée ce matin dans le 354, avait comme par hasard intégré notre section.
La prof la plaça donc, respectant l’ordonnancement immuable qui était en vigueur dans ce lycée, à côté de  ?…
Allez, je vous laisse chercher un peu.
Qu’est-ce qui vient juste après la lettre T ?
Le U.
Oui, bien répondu. Sauf qu’aucun élève du nom de Ursule, Ubert , ou même Ulysse ne fréquentait la seconde S1.
Après le U, vient le V.
Comme Virginie.
Et voilà.
Encore une coïncidence.
Tania et Virginie devinrent donc, et par la force des choses, voisines de classe.
Avouez que c’est un peu fort, quand même.
Thomas qui était juste devant, d’emblée faisait la grimace.
Pouah ! Une satanique dans la classe ! Fallait surtout pas qu’il raconte ça à ses vieux, sinon, c’était lycée privé catho illico au retour des vacances !
Déjà que le Lycée Feyder avait mauvaise réputation avec tous ces gens venus d’on-ne-sait-zoù, si en plus on y acceptait les adorateurs du malin, où allions nous, ma brave dame. Des croix à l’envers allaient fleurir un peu partout. Et dans quelques temps, des messes noires allaient y être célébrées les soirs de pleine lune. Et pourquoi pas des orgies, des sacrifices, voire pire encore : des concerts de « métal » !
Familles de France : réveillez-vous !

- Jeunes gens, Un peu de silence s’il vous plait, fit la prof en tapant frénétiquement son stylo Imitation mont blanc sur son bureau. Nous avons une nouvelle venue depuis ce matin dans notre classe. Je vous demande de l’accueillir sans pour autant en profiter pour semer le désordre. Mademoiselle, levez-vous et présentez-vous, s’il vous plait.
Tania s’exécuta.
Tous les regards convergèrent donc vers le fond de la classe, dans un brouhaha de chuchotements disparates.
Virginie toisa sa voisine des pieds à la tête. Puis de la tête aux pieds. A priori, le look gothique n’était carrément pas sa tasse de thé. Bonjour la grimace, on aurait dit qu’elle venait de découvrir un rat crevé dans son Big Mac.
- Hello tous, je me présente, commença la nouvelle de sa voix douce avec toujours ce léger accent, je m’appelle Tania Mac Leen. Ma famille est originaire d’écosse, mais je vis en France depuis l’âge de 9 ans. J’ai 17 ans…
- Dix-sept ans, chuchota la classe à l’unisson ?
- J’ai 16 ans, bientôt dix-sept en fait et je viens d’emménager à Pierrefitte chez ma tante. J’ai déjà fait la connaissance de gentil Marceau ce matin dans le bus…
Joli sourire, rien que pour moi.
Regard noir de Virginie, (Rien que pour moi aussi.), qui se retourna comme pour contempler une envolée d‘hirondelles à la fenêtre, la tête dans les épaules et le visage certainement boudeur.
Ben quoi, avais-je envie de lui dire, c’est l’hôpital qui se fout de la charité !
Hé ! Hé ! J’étais aux anges !
- Va te payer une séance d'UV et un relooking chez the kooples, clocharde !
- Voilà, j’espère que vous m’accepterez comme nouvelle camarade de classe. J’ai un  look un peu spécial, je sais, mais je ne suis pas une vampire, la preuve, il fait jour et je ne me suis pas encore désintégrée.


Rires à l’unisson.
Thomas était rassuré, il allait pouvoir économiser son Hostie pour d‘autres circonstances.
Tania se rassit.
- Bien. Merci pour cette agréable présentation pleine de charme et d’humour, mademoiselle Mac Leen, fit la prof. Jeunes gens, nous allons pouvoir commencer notre cours. Je réclame du calme et de l’attention.
La nouvelle arrivante venait de réussir le tour de force de se faire accepter par toute la classe sauf deux, en à peine une minute et trois répliques.
Virginie, coincée près du radiateur, tirait la tronche des mauvais jours, comme si le fait de ne plus être la vedette était la pire des catastrophes qui pouvait lui arriver.
- Aujourd’hui, nous allons parler de la crise polonaise dans les années 80, si vous le voulez bien, prenez votre manuel de géographie page…
Badaboum !
La porte de la classe s’ouvrit brutalement.
Momo, dégoulinant, (la pluie s’était mise à tomber), fit irruption avec la délicatesse qu’on lui connait.
- Désolé m’dame, on a eu un accident avec…
- Quelle excuse ingénieuse allez-vous pouvoir nous donner pour expliquer votre retard coutumier, Monsieur Touhari ? Le dernier mensonge en date était, si mes souvenirs sont bons, une tentative de détournement de votre bus par un groupuscule intégriste désirant se rendre en Syrie…
- On l’a échappée belle, on était bien une cinquantaine d’otages en puissance dans ce bus, aux heures de pointe. Un peu plus et y avait ma tronche au 20 heures avec Claire Chazal !
- Votre sens de la répartie vous sauve une fois de plus d’une entrevue avec votre proviseur préféré, Monsieur Touhari, compatit Madame Dagobert, semblant apprécier la malice de mon pote à sa juste valeur. Cependant, veillez à ne pas pousser le bouchon un peu trop loin, mon jeune ami. Mon sens de l’humour a ses limites que vous avez bien trop souvent tendance à franchir, vous en conviendrez, n’est-ce pas ?
Momo s’assit à mes côtés, imitant à l’aide de sa bouche et de son doigt le bruit du bouchon que, justement, on pousse un peu trop loin. Mais le ploc caractéristique ne vint pas :
L’index coincé dans le recoin latéral droit de son orifice buccal, Il avait remarqué un truc qui clochait dans l’organisation immuable de la classe.
Mais il dut se retourner exagérément pour confirmer son impression première.
- hé, m’dame, c’est normal ? Y a une moukère déguisée en corbeau qui squatte au fond d’la classe !

jeudi 21 mai 2015

Chapitre 18 : Noir de corbeau.



Chapitre 18 : Noir de corbeau.

Ce lundi d’octobre s’annonçait maussade pour de multiples raisons. Cette nuit-là, j’avais très mal dormi.
Impossible de trouver le sommeil avec toutes les péripéties du week-end.
D’abord Virginie qui me posait un lapin, préférant l’anniversaire  du mec Max, ce qui me faisait un peu appréhender le retour en classe.
Ensuite, notre expédition quand même un peu stressante dans le bois de Richebourg, avec cette vieille maison qui menaçait de s’écrouler sur les vestiges de nos souvenirs d’enfants.
Sans oublier les multiples interrogations de ma chère maman sur le pourquoi du comment ça se faisait que je n’avais pas été au cinoche comme prévu initialement avec ma future fiancée, épouse, et bientôt mère d‘une tripotée de marmots affamés et gueulards. Et oui, elle se voyait déjà bien dans le rôle de grand-mère, ma daronne.
Hé, maman, ralentis un peu, j’ai pas encore 15 ans ! Pour me plonger dans les méandres malodorants des couches culottes, on va attendre un peu, non ?
Et puis ce rêve qui était revenu me hanter.
Le monolithe, la fille Taleen, le royaume des fées et tout et tout.
Ce matin, vers 6 heures 15, quand ma mère vint me tirer des bras de Morphée, j’avais un peu la tête coincée dans mon sphincter le plus intime. (oui, je suis très souple du dos !). (et non, pas d’illustration pour cette phrase !).
Miss Tigrise avait réussi à s’introduire dans ma chambre et avait monté la garde au pied du lit.
Petite léchouille râpeuse au réveil, y a pas, ça vous donne la fritte pour affronter cette première journée de la semaine. Bien plus efficace que le petit pain au lait fendu en deux et tartiné d’une délicieuse pâte chocolatée à l’huile de palme.
J’aimais pas les lundis. L'interminable chemin qui restait à parcourir avant le week-end suivant paraissait sans fin. Un jour, je m’étais fait la réflexion qu’on devrait supprimer le premier jour de la semaine. Attaquer illico sur le mardi. Ouais, bonne idée ça. Un homme politique, prétendant au trône suprême, qui présenterait cette réforme sur son programme électoral aurait ma voix et mon bulletin dans l’urne. Sans aucune hésitation.
Allez, Marceau, du nerf ! Bientôt les vacances scolaires.
Et puis tu n’es pas encore en âge de voter, mon garçon…

Au programme de la journée, Histoire géo, 2 heures de sport à courir jusqu’à l‘apoplexie derrière les baskets roses de Melle Vignot, cours  d’anglais LV1, Pose miam-miam, équations à la sauce Paturot, pour finir par effeuiller les fleurs du mâle en mode je t’aime un peu beaucoup, carrément pas du tout, en compagnie de la prof de français, Madame Anna Gnanz qui nous vouvoyait derrière sa choucroute poudrée qu’elle avait du dégotter dans la cour du roi soleil il y a plusieurs siècles.
Réjouissant.
Tiens, et si je me faisais porter pâle ?
Une vilaine grippe serait la bienvenue.
Mais pas de bol, ma chère mère m’avait vacciné.
Merci Mam’ pour le trou dans l’épaule qui m’obligeait à aller en cours ce matin !

Ding ! fit le micro-onde.
Maman me servit mon café au lait bouillant, me déposa un gros poutou plein d’amour sur le front, (Tiens, elle s’était parfumée, un doux mélange de fragrances sucrées et de patchouli, et maquillée aussi. Bizarre.), puis s’éclipsa pour affronter sa dure journée aux urgences et tenter de soulager les malheurs du monde.
 Elle avait aussi déposé au dessus de mon sac eastpak un exemplaire quasi neuf du royaume des devins qu’elle avait dégotté à la brocante, afin de le restituer à mon prof. L’autre était dans un tel état, surtout la couv, que se serait la honte, selon elle de lui rendre comme ça.
Oui, bon, pourquoi pas.
Ça me donnerait une occasion de le questionner sur mon roman.
Sans oublier de mentionner la photographie et le message mystérieux inscrit au dos :
«  Une équation à plusieurs inconnues, n‘impose pas forcément une seule solution. »

Le petit dej englouti, brossage de dents, habillage rapide, je glissais le bouquin dans ma besace et filais à l’arrêt de bus, non sans oublier de remplir le bol de lait pour Miss Tigrise avant de décamper direction le froid et la nuit.
Maman m’avais promis qu’elle lui achèterai des croquettes ou du ronron cet aprèm en rentrant du taf.
« Non, Marceau, n’insiste pas ! Même pas en rêve ! »
Ha ! Ha ! Laissez-moi rigoler.

Le bus se pointa avec dix minutes de retard, ce qui aurait du laisser à Momo une chance supplémentaire de ne pas le louper.
Tu parles.
Peine perdue.
Thomas, lui, avait du prendre le bus précédent, tellement la frousse d‘être à la bourre.
Du coup, comme je ne croisais aucun visage connu, je m’installai sur l’une des deux places libres derrière le conducteur.
A l’arrêt suivant, mairie de Pierrefitte, le bus se vida un peu. Et se remplit aussitôt, comme le principe des vases communiquant que Madame Touffaux tentait désespérément de nous expliquer quand elle n‘était pas en arrêt maladie.

La fille s’assit à mes côtés.
C’était la première fois que je la croisais dans le 354. Impossible de ne pas la remarquer.
Elle devait avoir 16, 17 ans, peut-être même plus. Difficile de lui donner un âge avec son look carrément gothique tendance glam rock.
Toute vêtue de noir, de la tête aux pieds.
Momo n’aurait pas loupé son bus, je l’entendrais déjà commenter : «  Mate un peu le corbeau dépressif déguisé en gonzesse ! »
La fille, un fois installée, rabattit sa capuche révélant une chevelure ténébreuse et luisante de mèches savamment attachées en un indescriptible chignon chaotique. Un truc fait à l’arrache ? Même pas. Elle avait du passer des plombes devant sa coiffeuse pour parvenir à un tel résultat. Par ailleurs, son teint blême, limite zombie renforçait l’agressivité de son maquillage exagérément dessiné.
Elle était costumée d’une cape réversible à capuche mi longue, ornée de dentelles brodées et d’un gros nœud rouge en guise de fermoir, qui aurait pu la faire passer pour le petit chaperon rouge si elle l‘avait portée du côté de la doublure écarlate.
Son pantalon de latex lacéré en de multiples endroits laissait transparaitre des cuisses un peu frêles gainées de résille qui venaient trouver leur point d’orgue dans une paire de new rock à semelles compensées. Et pour parfaire le tout, elle portait une mini jupe plissée par-dessus le fuseau étroit qui dessinait à la perfection ses longues jambes d’ivoire.

Devinez qui vient s'assoir à côté de moi dans le bus ?
Et oui, la fille de Dracula !


Total look, quoi ! Miss Monster High en chair et en os !
Je passe sur les accessoires, bagouzes argentées, piercings, chainettes, crucifix pourpres en guise de boucles d‘oreilles. Tiens, où sont les menottes ?
Bref, j’étais assis à côté de la fille de Robert Smith, et je me demandais si j’allais avoir le courage de lui demander un autographe.
Momo aurait été là, il ne se serait pas gêné :
«  t’es en retard pour le concert des Cure, ma poule ! »
Ou encore :
« Hé, tu t’es trompé de bus, il s’arrête pas au cimetière celui-là ! »
Je lui fais confiance pour agrémenter le trajet de pics bien placés parfois drôles, mais pas toujours.
Thomas quand à lui, se serait certainement signé, et aurait fouillé ses fonds de poche à la recherche d’un morceau d’hostie qu’il gardait précieusement dans le cas où il croiserait un vampire.
- Tu vas au Lycée Feyder ?
Sa voix était douce, suave, presque un souffle, et son parfum avait quelque-chose d’envoutant. Elle avait un petit accent, difficilement identifiable.
Tiens, bizarre, à cet instant, j’étais soulagé que Momo et Thomas ne soient pas là.
- Heu, qui ? Moi ? Enfin, oui, je crois…
Je vous présente Marceau, le tombeur, qui sait parler aux filles sans bafouiller.
Elle avait un beau sourire, noir aussi. (à cause de son noir à lèvres.)
Elle me tendit sa main droite, longue et gracieuse qu’une mitaine de résille rendait encore plus délicate, jusqu’au bout de ses ongles ténébreux et raffinés.
- Je m’appelle Tania, se présenta-t-elle. Je suis nouvelle au lycée Feyder, je viens juste d’emménager dans la région.
- Ah, heu, oui, moi aussi, enfin, pas nouveau, mais j’habite au lycée Feyder, enfin non, à Pierrefitte, mais, heu, enfin …
Son petit rire était charmant. Ainsi que sa façon de porter ses doigts distingués à sa bouche pour masquer son beau sourire.
On sentait une grande douceur, qui tranchait carrément avec sa panoplie inquiétante et provoquante.
- Et tu t’appelles comment ?
- Qui, Moi ? Heu, Marceau, j’habite…
- Laisse-moi deviner, à Pierrefitte, peut-être ?
- Heu oui, c’est ça..
- Je dois avoir un sixième sens, alors.
Ce petit rire si mignon.
- Ou bien je lis dans tes pensées.
Elle me lâcha la main.
Qu’elle me rendit humide de transpiration.
Le stress. Je ne transpire jamais des mains. Ni des pieds d’ailleurs ! Elle avait du me jeter un sort. C’était la seule explication.
- Moi aussi j’habite à pierrefitte. Depuis hier. Je viens de déménager. Enfin, c’est ma tante qui m’héberge.
Voilà, les présentations d’usage étaient faites.
Tania la gothique habitait Pierrefitte, elle habitait chez sa tante, et fréquentait le même établissement que moi.
Et cerise sur le ghetto, comme dirait Momo, j’allais débouler au lycée en sa compagnie.
Pour le coup, les circonstances me rendaient un grand service.
J’étais impatient ce voir la tronche de Virginie.
La vengeance est un plat qui se mange froid, il parait !
Ça tombait bougrement bien, vu que les températures avaient carrément chuté ce matin.
Le reste du trajet passa incroyablement vite.
Le parfum de ma voisine était enivrant. Elle avait un charme ensorcelant. Et puis cet humour (noir) dont elle saupoudrait chacune de ses répliques…
Bref, vous avez compris, pas la peine de vous faire un dessin. Il se passait quelque-chose.
Dans ma pauvre tête toute chamboulée un vilain petit diable déguisé en Momo me susurrait : « vas-y mon pote, c’est dans le sac ! Braque-lui son 06, et tu l’emmènes voir Conjuring au cinoche. C’est du tout bon ! »
Ouais, sauf que de l’autre côté de mon hémisphère cérébral, un ange rouquin que j’avais surnommé Tomtom, me tenait un discours totalement opposé : « Marceau, mon garçon, que fais-tu donc là ? Serais-tu prêt à succomber à cette créature certainement dépêchée par le malin pour t’éprouver ? Une succube de la pire engeance, regarde-là ! Et Virginie, ta promise, as-tu un instant pensé à la portée d’un acte irrémédiable ? »
Heu… Jocker ! Laissez-moi tranquille, les mecs. Tout baigne ! C’est juste une petite discussion sans conséquence avec une nana un peu déboussolée qui vient de débarquer dans mon horizon.

Même dans ma tête, mes potes me cassent les pieds !
C'est fou ça !


Lorsque le bus s’arrêta au terminus de la gare d’Epinay-Villetaneuse, avec presque quinze minutes de retard, nous dûmes presser le pas.
Derrière elle, la cape de Tania volait au vent.
Elle me parlait tout en marchant à mes côtés de son allure preste mais gracile.
La musique, mes lectures, les jeux vidéo, mes hobbies…
Un véritable interrogatoire.
Enfin, j’avais l’impression , même si je ne voulais pas y croire, qu’elle s’intéressait à moi.
En arrivant devant les grilles du lycée, juste au moment où la sonnerie des cours retentissait, je me pris une baffe en pleine tronche.
Virginie hilare.
Et le mec Maximilien.
Le vil prédateur avait même passé son bras autour de ses épaules.
Vous voyez le tableau ?
Virginie me remarqua et, vous savez quoi ? Me fit juste un petit signe de la main. Sans cesser de rire. Comme si de rien n’était. N’essayant même pas de se dégager de l’étreinte du mec qui fit style il ne m’avait pas remarqué.
Je bouillonnais comme un volcan. Un mélange de rage et de désespoir.
Sentiments d’impuissance et de trahison mêlés.
Envie de retourner au baston !
Et tant pis pour les conséquences.
Rien à faire des heures de colle et des sentences injustes de Monsieur O. Piquet.
Tania me pris la main que j’avais inconsciemment refermée sur un poing décidé à en découdre.
- C‘est ta petite amie, Marceau ?
Quelle beau sourire elle avait. Apaisant. Réconfortant.
Juste surmonté d’un discret tatouage en forme de pique dans l’angle externe de son œil droit.

Le même que la fille du jeu vidéo...

vendredi 8 mai 2015

Chapitre 17 : Miss Tigrise.

N'insiste pas, Marceau. Elle a dit NON !
Chapitre 17 : Miss Tigrise.

- Non, Marceau, je ne vais pas le répéter cinquante fois ! J'ai dit : il en est hors de question ! Et arrête de me faire tes yeux de cocker battu !
-  Mais, maman, regarde, il est tout mignon. Il nous a déjà adoptés.
Effectivement, le gros patapouf minaudant passait langoureusement entre nos jambes nous fixant de ses grands yeux de jade comme pour nous supplier, style : « S’il-vous-plait, vous verrez, je suis le plus gentil de tous les chats du 93, je suis bien élevé et je ne dis jamais de gros mots. »
Ma darone, les animaux de compagnie, c’était pas trop sa tasse de thé. A part notre pauvre Mao, le lapin cirrhotique, qu’elle avait fini par apprécier. Elle avait même versé sa petite larme quand la boite à chaussure s’était définitivement refermée sur la petite boule de poils blancs avant de la déposer dans le trou au fond du jardin.
Donc, Momo avait récupéré Mistigri alors que Thomas et moi tremblions de peur devant la vieille bicoque de Madame Leroy.
Un sacré warrior ce Momo, quand même.
Il avait entendu du bruit à l’étage, et hop, tout logiquement, il avait été voir d‘où ça venait. Bon, faut dire qu’il était outillé. Mais total respect quand même.
Il avait trouvé le chat, enfermé dans la chambre de sa maitresse. Depuis quand ? Mystère.
- Les mecs, je vous présente Mistigri, avait-il dit, brandissant fièrement le gros pépère à bouts de bras. Il était barricadé dans la piaule. Un chat taulard, vous avez déjà vu ça ?
- Miaou, fit le chat comme pour se présenter.
- C’est étrange, il était enfermé, et pourtant, aucun signe de déshydratation ou de malnutrition,  s’interrogea Thomas qui avait recouvré ses esprits.
- Il du bouffer des souris, c’est plein de souris dans les vieilles maisons abandonnées, expliqua le sauveur de chats qui devrait, pour le coup, tenter un CAP de SPA, même que ça lui irait comme un gant.
- Il y avait des ossements de souris dans la chambre, renchérit le Sherlock en pantalon vert ?
- J’en sais rien, moi, il était peut être pas enfermé depuis des lustres, le bestiau !
- Je pense qu’il a du se faire piéger. Un courant d’air qui a claqué la lourde. Heureusement que nous passions par là, expliquai-je.
C’était vraisemblablement la bonne hypothèse, vu que Tomtom ne trouva dès lors plus aucune contradiction à lui opposer.
- Et on en fait quoi ?
- J’ai une idée, on manquait justement de bidoche pour le couscous du week-end, proposa Momo, au taquet pour se lancer dans un CAP de cuistot.
- Beurk, faillit vomir Thomas à l’idée même de trouver des touffes de poils de chat au milieu de ses grains de semoule.
- Laisse-tomber, il est même pas hallal ce chat si ça se trouve, tentais-je de le dissuader, un peu iconoclaste sur les bords. Tu veux pas le garder, Tom ?
- Même pas concevable ! Ma mère ne supporte pas les animaux, elle est allergique. En plus, il va mettre des poils partout dans la maison, je vous raconte pas. Non, non, non, très mauvaise idée. Ça serait un poisson rouge, encore, à la limite…
Mes potes me regardaient avec insistance et interrogation déterminée. Le chat aussi me fixait de ses grands yeux suppliants. En gros, j’étais l’ultime chance de survie de cette grosse boule de fourrure fauve et grise que nous venions de sauver d’une mort atroce.
- Ça va être tendu. Je sais pas trop si ma daronne va être joyce de me voir débouler avec ça !
Oui, ben, allons vérifier ça illico :

- Tu m’entends, Marceau, même pas en rêve !
Voilà.
C’était sans appel.

J’étais rentré à la maison quasi au même moment qu’elle, chargée de sacs remplis. Elle avait passé la journée à dévaliser toutes les friperies des environs. Négociant probablement des centaines de trucs inutiles à moins de 50 centimes, qui viendraient s‘empiler dans la cave au dessus des fantômes des brocantes passées. J'avais essayé de l'amadouer en l'aidant à porter ses trouvailles jusqu'à chez nous, mais sans effet.
- Et puis, il doit bien avoir un propriétaire, ce chat. Vous l’avez trouvé où ?
Ma mère inspectait sous toutes les coutures le gros félin dodu qui ressemblait à une peluche consentante, à la recherche d’un hypothétique moyen d’identification.
- Il était perdu dans le bois de Richebourg… Il nous a suivis et…
- Marceau ! Combien de fois devrais-je te répéter que je ne veux pas que tu ailles trainer là-haut. C’est dangereux avec tous ces… Enfin bref, je ne veux pas. C’est tout !
Tous ces quoi ?
Gens du voyage, romanichels, roms, gitans, tziganes, voleurs de poules…
Pas facile quand on vote traditionnellement à gauche de s’avouer un peu xénophobe sur les bords. L’être humain est souvent plein de contradictions. Surtout les femmes et en particulier ma mère.
- On a juste été rendre visite à Madame Leroy, tu sais notre ancienne institutrice en CP/CE1. Elle habite juste en face du moulin de la galette.
Les investigations poilues n’ayant pas abouties, elle abandonna l’animal qui vint se blottir entre mes jambes.
- Quelle drôle d’idée, c’est une gentille attention, Marceau, mais, si mes souvenirs sont bons, elle n’y habite plus.
- Ah bon ? Oui, la maison paraissait abandonnée.
Mensonge par omission, ne surtout pas révéler notre petite expédition au cœur de la maison biscornue.
- Elle est tombée dans les escaliers, fracture du col du fémur. C’était il y a deux ans, je crois.
Maman travaillait aux urgences de l’hôpital le plus proche, c’était donc normal qu’elle soit la première informée des malheurs de ces concitoyens.
- Elle est toujours dans ton hôpital ?
- Non, après l’intervention, elle a du être transférée ailleurs, en rééducation, ou dans un service de long/moyen séjour. C’est fréquent après une chute, les vieilles personnes perdent leur autonomie et doivent être placées dans des services adaptés.
Une piste.
Madame Leroy était peut-être encore en vie. Assise, seule, malheureuse dans sa cellule, perdue dans une maison de retraite sordide. S’interrogeant sur le sort de son cher matou abandonné par la force du destin.
Ne pas brusquer les choses cependant, mais ne pas oublier de cuisiner ma mère pour en savoir un peu plus.
Je décidais d’enfoncer le clou à ce moment, profitant de sa faiblesse face à la misère humaine.
- Maman, je pense que c’est le chat de Madame Leroy. Elle nous avait montré une photo une fois, et on l’a trouvé. Il rodait, juste devant la vieille maison.
Second mensonge : Ne surtout pas avouer notre première visite à la vieille institutrice, il y a trois ans, vu que déjà à l’époque, la butte Pinson était un endroit peu recommandable pour une bande de gamins en quête d’histoires insolites.
- Il doit avoir faim cet animal. Et surtout soif.
Voilà ! Bingo !
C’était fait. Les réflexes de l’infirmière reprenaient le dessus. Et même si elle n’était pas vétérinaire, sauver des vies était un peu son sacerdoce.
Maman lui servit un bol de lait dans la cuisine.
- Miaou, la remercia le chat qui commença à laper le délicieux breuvage avec gourmandise. Il n’en laissa pas une goutte, et son festin terminé, s’affaira à une petite toilette rapides en léchant ses deux pattes avant de coups de langue précis et délicats.
Nous avions assisté au repas suivi de la toilette en silence. Avec un sourire compatissant. Même ma mère.
- Hum, et il s’appelle comment ce chat ?
- Mistigri.
- OK, ça lui correspondrait bien, vu la poussière. Mais en fait sa robe est plutôt rousse, et en plus, c’est une femelle.
- Ah, ben alors, on a qu’à l’appeler Miss Tigrise.

vendredi 1 mai 2015

Chapitre 16 : Même pas peur !



- Hé, Marceau, ça va ? T’es tout pâle, s’inquiéta Thomas.
- Regardez, la baraque !
C’est vrai qu’elle n’avait pas fière allure, la maison de Madame Leroy.
Encore plus biscornue que la fois précédente. La prochaine tempête hivernale aurait certainement raison d'elle. Ça, c'est sûr ! Heureusement, on était en octobre et niveau vent, c'était plutôt calme plat. Au passage, il faisait un temps superbe. Bientôt Halloween et la météo annonçait des températures quasi estivales pour la journée. Le réchauffement climatique affirmaient les spécialistes. Du coup, on pouvait dire merci à madame Grosseins et son gros 4X4 pollueur ! Le CO2, ça avait des avantages quand même. Au passage, j’étais sorti en teeshirt et j’allais probablement me prendre une tannée si ma mère l’apprenait. Tant pis. Pour le moment, j’avais d’autres chats à fouetter.

Revenons à la bicoque, donc.
Légèrement en retrait par rapport au petit chemin parsemé de nids de poules qui s’enfonçait dans le bois de Richebourg, sa silhouette toute de guingois se découpait, maladive entre les gros chênes qui regrettaient certainement de n’avoir été plantés ailleurs, jadis.
Une extension de la déchetterie semblait avoir été inaugurée devant le perron de quatre marches.
Un paradis pour les ferrailleurs et les clodos qui y trouveraient certainement de quoi remplir leur caddie à raz-bord.
Bidons éventrés, vieux pneus déchiquetés et même une pyramide de batteries qui régurgitaient leur semence corrosive dans une terre désormais irrémédiablement empoisonnée.
Mais le plus choquant, c’étaient les livres.
Des centaines de livres éparpillés devant la maison, déchirés pour la plupart, et dont les pages se tournaient au grès de la brise automnale. 
Une feuille orpheline d’un bouquin déchiqueté s’envola vers d’autres cieux plus cléments, portée comme par une main fantomatique.
Nous avions deviné que ce devait être tout ce qui restait de la bibliothèque de Madame Leroy. Un cimetière de livres lacérés dont chaque page formait un funeste épitaphe.
Devant les marches,  se tenant debout comme par miracle, le déambulateur rouillé ajoutait une touche sordide à ce tableau déjà bien inquiétant.
Ce que confirma Momo :
- C’est flippant ! On dirait la maison hantée de la foire du trône !
La façade autrefois crémeuse avait été ravalée artistiquement par des dizaines de tags plus colorés les uns que les autres.
De part et d’autre de la porte d’entrée béante qui faisait penser à une bouché édentée, les deux fenêtres du rez-de-chaussée avaient du subir les assauts répétés de tireurs embusqués, et les vitres explosées témoignaient de ce combat perdu d’avance. Une terrible bataille s’était déroulée ici et la vieille bicoque avait capitulé. Défoncée. Morte au champ d'honneur. Avec pour décorations posthumes, des dizaines de tags dessinés par des sauvageons irrespectueux.
- Madame Leroy, elle… elle est peut-être décédée, en conclut Thomas, tremblotant.
En tous cas, plus personne n’habitait ici. C’était une évidence.
Au premier étage, la grande fenêtre romane semblait avoir été épargnée par les assauts des spécialistes de la dégradation en bande organisée qui avaient sévi en contrebas.
- Bon, on est pas venus jusqu’ici pour se pignoler, on y va, trancha Momo, d’une voie assurée sortant de sa poche un objet à la fonction indéterminée de prime abord, qu’il actionna d’un doigté précis et se révéla être…
Un cran d’arrêt !
Sans doute subtilisé à son daron. Comme tout le reste.
Tiens, j’ai oublié de préciser que le père de Momo avait passé quelques temps à la prison d’Osny, près de Cergy Pontoise. Aujourd’hui, il s’était refait une virginité et conduisait des gros camions de fret.
- Non ! Non ! Non ! Non! On n’y va pas, pleurnichait Thomas, complètement en panique à l’idée même de s’engouffrer dans cette gueule menaçante.
Vous connaissez Momo, Quand il a une idée derrière la tête, impossible de lui faire lâcher prise. Un vrai pitbull enragé et butor !
De toutes façons, l’intrépide s’avançait déjà en direction des marches du perron, la main droite tendue le long des bandes de son jogging défraichi, prolongée de sa sinistre lame.

Que faire ?
Je n’avais qu’une envie ; suivre les conseils de mon peureux ami prêt à fondre en larmes et qui venait de m’attraper la main.
Ouais, déguerpir d’ici sans demander mon reste.
Et tant pis pour toutes les questions qui, de toutes façons, resteraient sans réponse.
Mais si je renonçais maintenant, je connaissais déjà la teneur des moqueries dont nous serions la cible.
- Alors, les lopettes, on se bouge ou quoi ? Me confirma Momo, qui venait de poser un pied dans les ténèbres de la vieille demeure dévastée.
L’intérieur était à l’avenant.
Le couloir d'entrée était plongé dans la pénombre. Au fond, un escalier de bois aux marches défoncées devait forcément conduire à l’étage.
A droite, une porte s’ouvrait sur le salon bibliothèque où Madame Leroy nous avait accueillis il y a quelques années.
En face, une ouverture menait à la cuisine. Un vieux frigo branlant en bloquait l’accès. Sous l’escalier, une petite porte entrouverte laisser présager une terrifiante descente dans la cave.
Non, surtout pas la cave ! Semblait penser tout haut mon pote accroché à ma main, et frissonnant comme s’il avait attrapé la grippe.
Nous marchions à pas très lents, (1 mètre par heure pour être précis.) pour surtout ne pas faire le moindre bruit. Sur un tapis de livres, de détritus divers, et d’éclats de verre, l’opération se révéla particulièrement  délicate.
Les papiers peints étaient recouverts d’inscriptions, témoignages des courageux qui avaient bravé leurs craintes, pour venir jusqu’ici et y laisser la preuve qu’ils avaient réussi leur rite de passage à l’âge adulte.
Un gros NTM  tagué nous rappela que le groupe de Joey Starr et Kool Shen, malgré les années, restait un classique indémodable de la scène rap hexagonale.
Mais l’heure n’était pas aux considérations mélomanes.
Momo, vaillant jusqu‘à la pointe de son surin avait déjà franchi le seuil du salon et avait repéré le guéridon qui avait échappé comme par miracle au saccage organisé. Je vous raconte pas l’état de la pièce, une nécropole de bouquins déchirés. Pire que dehors. Nous marchions sur un tapis de pages décomposées, froissées, séparées de leurs petites sœurs qui, un jour ensemble, avaient du former un tout qui racontait une histoire. Dans un coin, un pyromane avait tenté d’assouvir sa sinistre déviance, mais fort heureusement, l’humidité l’avait empêché d’accomplir sa besogne destructrice. Crottes, immondices, déchets avariés, partout où je posais les yeux, tout n’était que déjections et salissures. Et voilà, l’humain livré à lui-même dans toute sa splendeur, s’appliquant à tout saccager dès lors qu’il en a la possibilité, et surtout si l’entreprise ne comporte aucun risque. Dégoutant ! Franchement. J’avais honte d’appartenir à cette espèce. Madame Leroy avait fait de son salon un sanctuaire consacré à la connaissance et à la littérature. Les vandales qui avaient investi les lieux s’étaient appliqués à en faire une fosse septique puante et dégoulinante, se torchant à grands renforts de Zola, Maupassant, et autres classiques. Pourtant, cette réaction de dégout me surprit. Il y a encore quelques temps, j’aurai sans doute trouvé ça banal, pas même choqué, style, c’est normal. Mais ce jour là, un déclic, allez savoir pourquoi. Scandalisé. Les livres déchiquetés, souillés, maculés, profanés. Oui, c’était ça ! Un autodafé répugnant où le kérosène avait été remplacée par des excréments.

- Les mecs, vous savez quoi ? J’vais pouvoir la finir, ma gravure sur bois !
Momo me ramena à la réalité, ajoutant quelques nouvelles cicatrices au guéridon de bois vermoulu à l’aide de son surin affuté.
Déjà le sculpteur ornemaniste autodidacte se mettait à l’ouvrage avec entrain et bonne humeur. Même qu’il sifflotait, le bougre.
La désinvolture de notre pote avait doucement fait retomber la pression.
Même Tomtom semblait un peu moins terrifié.
Jusqu’à ce que nous entendîmes le terrible bruit.

C’était juste un grattement qui venait d’au dessus.
Un grattement frénétique.
Ça  faisait penser aux griffes acérées d’une bête malfaisante s’acharnant sur le plancher de bois rongé. Ou bien sur une porte…
Suivi d’une longue et terrible plainte inhumaine et effrayante.
Même Momo avait stoppé net son œuvre d’art à peine esquissée.
Tomtom hurla !
Il m’entraina immédiatement vers la sortie tellement il m’agrippait fort.
A moins que ce ne soit l’inverse.
Une fois en sécurité devant le perron, je sentais mon cœur s’affoler à 150 BPM, comme dans une soirée techno à laquelle je n’avais d’ailleurs jamais été convié.
Mes oreilles bourdonnaient.
J’étais parcouru de longs frissons impossibles à maitriser.
Thomas était en pleurs, tapant la mesure de son pied droit dans un automatisme stéréotypique du à la panique. Il geignait comme un animal blessé, cherchant désespérément sa ventoline dans une poche de son pantalon.
Je passais mon bras autour de son épaule.
- Calme toi, Tomtom, tout va bien ! On est sortis !
- Il est encore dedans, parvint-il à articuler dans un sifflement maladif.
C’était vrai, dans notre fuite éperdue, nous avions abandonné Momo à son triste sort.
- Momo, criai-je. Momo, reviens !
Tu parles. Seule une bourrasque soudaine et impromptue daigna nous répondre. (Au passage, contrairement à ce que j’avais pensé, la maison ne s’écroula pas.)
Et en plus, le soleil commençait à décliner.
- Tu crois que c’était le fantôme de Madame Leroy ? s’interrogea Thomas en essuyant d’un revers de sa veste de costume dominical, une trainée de morve qui s’affichait, brillante et humide sous son orifice nasal.
- Raconte pas de bêtises, tu sais bien que les fantômes n’existent pas. Et puis elle n’est pas forcément morte, on en sait rien. Elle est peut-être dans une maison de retraite.
Et d’enchainer en criant :
- Momo, hé Momo, reviens, mec ! Quand même loin d’être rassuré.
L’attente paraissait interminable.
Quand enfin, une silhouette se découpa dans la pénombre de la porte.
Ce n’était pas le fantôme de la vieille institutrice.
C’était juste Momo et sa tronche de cake. Hilare, comme d’habitude.
Il tenait un truc dans ses bras mais on ne pouvait pas distinguer quoi d’ici. Ça ressemblait un peu à une boule de fourrure.
- C’est cool de savoir qu’on peut compter sur ses potes en cas de coup dur, hein les p’tites fiottes ?
Nous, avec Thomas, on n’en menait pas large. Enfin, surtout moi.
- Pas grave, regardez c’que j’ai trouvé là-haut, bande de taches.
Momo nous tendit à bouts de bras un gros pépère chat tout grisonnant de poussière au regard perçant. (Normal pour un chat.)
- Les mecs, Je vous présente Mistigri.

* traduction : Heu, si y a un grec frittes, mayo, harissa, je préfère...