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vendredi 23 janvier 2015

Chapitre 14 : Premier avertissement.



Aucun doute, c’était bien nous sur cette photo prise à notre insu.
Nous version il y a trois, presque quatre ans.
De droite à gauche, je reconnaissais Virginie Grosseins avec sa queue de cheval et son baggy informe, on pouvait même distinguer le numéro 10 blanc sur son teeshirt bleu aux couleurs passées. A ses côtés, en survet Addidas, c’était Momo (Mohamed Touhari), bien entendu. Suivait ma pomme, Marceau Martin et son habituel pull à col roulé noir. A l’extrême gauche, la petite touffe de rouquin et le pantalon olive ne laissaient aucun doute sur leur propriétaire, l’ami Thomas Pelot, dit Tomtom.
Mais c’est surtout cette petite maison singulière qui me mit sur la piste de mes souvenirs.
Oui, je remettais tout ça en place.

Nous avions 11 ans, sauf Thomas qui était en avance d’une année et devait en avoir 10. (suis pas très fort en maths, vous pouvez me corriger si je me trompe.)
Collège Jean Jaurès, Pierrefitte, classe de 5ème B, le fameux clan des quatre.
Notre prof d’éducation civique nous avait confié la réalisation d‘un exposé.
Le thème : «  Pierrefitte, votre ville et ses aspects insolites. »
Ce mercredi 13 avril 2011, nous étions tous très fiers et très motivés par cette mission de confiance.
Cependant, la tâche se révéla rapidement plus complexe que prévue, malgré notre enthousiasme débordant.

A l’époque, nos portables rudimentaires ne permettaient pas de nous connecter à internet. Tout juste à appeler nos parents et à recevoir leurs appels pour savoir où on était.
Nous nous étions donné rendez-vous chez Virginie et, bien évidemment, l’ordinateur familial était protégé par un mot de passe que notre amie garçon manqué ignorait.
Momo avait bien essayé de le cracker, mais il était juste parvenu à planter le système.
Chez moi , pareil. Mot de passe inviolable. Ni ma date de naissance, ni celle de ma mère ne fonctionnaient. C'était donc peine perdue.
Chez Thomas, je ne vous en parle même pas. Des chaines et des cadenas pour le protéger de la machine du diable.
Et nous n’avions pas forcément envie de traverser la nationale 1 pour nous aventurer dans la cité des Joncherolles où habitait Momo.
La solution qui s’imposait était donc la bibliothèque municipale, située à l’opposé de la rue de Paris, dans une petite construction préfabriquée, annexe de la mairie.
Cette belle journée d’Avril annonçait le renouveau du printemps et les fameux ponts du mois de Mai qui vont avec. Et en prime, les vacances de Pâques.
Ah, la belle insouciance de cette époque.
Sur le trajet, tout excités par notre tâche, nous imaginions déjà notre heure de gloire, quand, tels des rock stars, nous monterions sur l’estrade pour présenter notre exposé. Nous espérions juste que Momo n'en profiterai pas pour sortir une ou deux réparties mal venues qui ruineraient tous nos efforts.

Devant l’entrée de la bibliothèque, se tenait le pupitre de Madame Saint-Ursule, une très grosse dame venue des iles comme en témoignait son accent imitable (surtout par Momo, et à la perfection, même) sans compter sa couleur de peau Nesspresso avec une pointe de crème avec trois sucres pour moi, merci. Et plein d’autres détails qui ne laissaient aucun doute quant à son origine lointaine.
Une pancarte était affichée sur son bureau, à côté d’un gros sac en papier bien gras, rempli de pâtisseries.
« Il est interdit de manger, de boire, de fumer et de faire du bruit dans ma bibliothèque. »
On aurait pu ajouter à cette liste :
Rire, tousser, se racler la gorge, déplacer les chaises bruyamment, faire sonner son portable, redessiner les illustrations sur les livres, etc. etc.
Tâches que Momo s’enquit presque immédiatement d’accomplir, à peine posé, après avoir bougé sa chaise une bonne dizaine de fois sous le regard lourd et accusateur de Madame Saint-Ursule.
Pas de sa faute. Momo ne supporte pas ni le calme ni le silence. Et l'ordre, encore moins !
Thomas, Virginie et moi cherchions désespérément un ouvrage qui nous permettrait de démarrer notre exposé.
A la section P.
Un truc style : Le Pierrefitte fantastique, ou même  si nous avions vraiment de la chance : Pierrefitte et ses recoins insolites.
Mais Nada.
Seuls trois pauvres ouvrages avaient retenu notre attention et dès le début nous savions qu’ils ne nous seraient d’aucun secours.
Pierrefitte-sur Seine, notice historique et administrative. Bonjour les chiffres, on aurait dit un traité de mathématiques.
Pierrefitte, ma ville, retraçant son histoire de la commune aux années 70.
Et enfin, Pierrefitte-sur-Seine, citoyens de demain, une brochure éditée par les services municipaux.
Momo s’éclatait certainement plus que nous trois, au rayon adulte, avant d’être ramené, tiré par une oreille dans un rayon plus adapté à son jeune âge.
- C’est kwoyé vous cherchez-là, les enfants ?
Momo grimaçait, toujours solidement retenu par son oreille qui commençait à virer au violet indigo .
- Heu, rien madame Saint-Ursule, On doit faire un exposé sur Pierrefitte, pour l’école, bredouilla Tomtom.
- Pierrefitte infolite, précisa Virginie, gênée dans sa prononciation par son appareil dentaire.
- mais on trouve pas, ajoutais-je.
Momo allait certainement sortir une grosse bêtise, mais la tenaille de doigts accentua sa pression, ce qui lui ôta toute velléité de faire de l'esprit en cet instant.
 Madame Saint-Ursule croisa ses deux bras sur sa poitrine, laissant tomber Momo par la même occasion. Son oreille droite avait doublé de volume.
- Ké sa yé, insolite ?
- insolite, c’est hors du commun, un peu mystérieux, à la limite de l’étrange et du fantastique, répondit notre petit Larousse illustré.
- I pas bon, I pas un seul It ici. I ka aller voir la vieille devinière, habiter tout là haut.
La vieille devinière ?
j'eus un éclair de lucidité qui me surprit :
Elle parlait surement de Madame Leroy.
Une figure quasi légendaire de notre ville.

Il fut un temps, madame Leroy était institutrice à l’école primaire Jean Jaurès, juste à côté du lycée.
Nous avions eu l‘immense honneur d‘avoir été ses derniers élèves en CP/CE1, vu qu‘elle avait pris sa retraite juste après nous.
Pourtant, elle avait continué à poser son regard bienveillant sur ses anciens élèves par la suite. Son portrait noir et blanc s’affichait en effet près des casiers à cartables sous le préau.
(Un portrait réalisé à l’acrylique par Mr Painturalo, prof de dessins et d’arts plastiques.)
Une institutrice de l’ancienne école mais qui avait un don. Un incroyable talent, même que selon tous, elle aurait pu faire l’émission et la gagner haut-les-mains.
Une vieille dame, toute petite, toute maigre, limite rabougrie, aux allures strictes. Et pourtant, quand son cours commençait, c’était comme à l’office, tout le monde était attentif, pas un bruit.
Un peu comme Virginie Grosseins aujourd’hui, mais dans un tout autre registre.
Un puits de science qu’elle partageait avec passion, sans jamais donner l’air de la sortir.
Nous tenions notre piste.
Prochaine étape, la butte Pinson où habitait Madame Leroy.
- A plus, nous dit Madame Saint-Ursule tandis que nous nous dirigions vers la sortie.
- Pani pwoblem, se crurent malins d’ajouter, devinez qui ? Momo et son oreille turgescente, bien entendu !

Et donc, vers le coup des 15 heures 45, ce 13 Avril 2011, nous étions tous les quatre devant le perron de cette vieille bicoque biscornue, où nous allions retrouver l’ancienne institutrice de notre collège.
Madame Leroy habitait au cœur du bois de Richebourg, au sommet de la butte Pinson. Juste en face de l’ancien moulin de la galette, lieu de prédilection de tous les apaches dans l’après guerre. Une sorte de guinguette pour affranchis mais qui avait été fermée au début des années 70 quand une rixe entre bandes rivales avait mal tourné. Aujourd’hui, il n’en restait plus que les ruines de la façade à demi démolie où trônait encore au sommet un moulin autrefois rouge, en trompe-l’œil, qui singeait celui plus célèbre du quartier Pigalle.
Je pense que c’était d’ici que la photo mystérieuse avait été prise. Derrière la palissade en bois.
La maison de Madame Leroy penchait un peu vers la droite, comme la tour de Pise. Devant la façade décrépie, un petit jardinet en friche, où l’on pouvait dénombrer de nombreuses tuiles tombée du toit.
Les quatre marches de pierre franchies, nous étions devant la porte.
Pas de sonnette.
Juste une pauvre poignée en forme de triangle, reliée à une chainette qui devait correspondre avec une clochette quelque part dans la maison.
Momo pris l’initiative, et faillit arracher la poignée.
Dong ! Dong ! Dong !
Miaou.
Des petits pas s'avançaient.
- Hé, les mecs, p't'être qu'elle est clamsée et qu'c'est son fantôme qui va nous ouv...
Et la porte s’ouvrit. Brutalement.
- Les fantômes n'ouvrent pas les portes jeunes gens. Ils se contentent de passer au travers.
Madame Leroy n’avait pas changé.
Nous l’avions connue vieille, et elle l’était encore un peu plus quand elle se présenta à nous.
- Je suis désolée les enfants, je n’ai pas de bonbons, et, qui plus est, Halloween est déjà bien loin. Vous êtes donc soit en retard, soit en avance. Tout dépend du point de vue duquel on se place.
Et toujours l’esprit vif.
Sa voix non plus n’avait pas changée.
Une voix douce mais assurée qui forçait l’attention.
Et le respect aussi. Hein, Momo ! Sérieux, j'avais juste envie de lui tordre l'autre oreille pour faire dans le symétrique !
- Mais attendez, qui voilà ? Je vous reconnais, fit-elle en tendant vers nous un long index fin, un peu déformé aux articulations.
Madame Leroy n’avait pas perdu la boule non plus. La mémoire était bonne, même après ces quelques années. Sûr qu’elle devait s’ingurgiter un grand verre d’élixir de jouvence de l’Abbé Soury tous les matins, voire même pour l’apéro.
- Voilà ma petite Virginie, toujours habillée comme un garçon. Thomas, notre petit intellectuel. Marceau, Notre doux rêveur qui passe ses journées à cheval sur son dragon. Et bien entendu, notre vilain petit diable, Mohamed, fit-elle tout sourire en ébouriffant la tignasse de son démon préféré.
- Entrez les enfants. Vous ne pouvez pas savoir le plaisir immense que vous me faites.
Nous entrâmes. Après tout, c’était bien la finalité de notre venue par ici.

La pièce où madame Leroy nous introduisit était un vrai capharnaüm.
Des bouquins partout. Des tonnes et des tonnes de bouquins.
Les quatre murs du salon avaient été aménagés comme une immense bibliothèque. Il était impossible de dire à quoi pouvait bien ressembler le papier peint derrière tous ces livres. Seule la fenêtre face à nous avait été épargnée, avec ses vieux rideaux épais aux franges élimées dont la teinte restait indéterminée. Je pencherai pour un vert brun imitation kiwi.
Par terre, sur le parquet, pareil, des pilles de revues et de livres qui menaçaient de s’écrouler si nous n’y prenions pas garde.
Au centre de ce salon un guéridon massif était bien campé sur son gros pied central torsadé comme une colonne du Vatican, encadré de quatre chaises aux coussins cossus qui en  montaient la garde.
Dans sa litière, un gros chat tigré, genre qui avait abusé du ronron, tellement il était repus, nous scrutait de ses petits yeux verdâtres.
A l’angle opposé de ce salon transformé en succursale de bouquiniste, un déambulateur articulé venait nous rappeler l’âge vénérable de notre chère ex-institutrice.
Sauf qu’elle semblait encore bien alerte Madame Leroy, se faufilant avec aisance entre les obstacles sans même les effleurer.
Aisance qui n’était pas l’apanage primordial de notre pote Momo qui fit dégringoler une, non deux, puis trois piles de livres comme un tomber de dominos, en tentant de s’assoir sans y être encore invité.
- prenez donc place, mes chers petits, fit la vieille dame.
Si on devait jouer aux chaises musicales, Momo ne serait pas perdant à cette manche-là vu qu’il occupait déjà l’une des quatre chaises disponibles.
Virginie, Thomas et moi-même étions un peu gênés. On n’allait pas la laisser debout quand même.
Momo mit fin à notre hésitation :
- hé, m’dame, y a pas quelque-chose à boire ici?
- Ho, mais bien sûr, Je manque à tous mes devoirs, où ai-je la tête, fit-elle, répondant à l’impertinent par un clin d’œil malicieux qui lui cloua le bec.
Tandis que la vieille dame s’éclipsait probablement vers la cuisine, Momo déjà tout sourire sortit ses clés de sa poche de survet et commença à graver ses initiales sur le bois vernis de la table de bois massif. Deux ou trois ans de plus, et c’est une ouvre pornographique qu’il aurait incrustée à jamais dans le guéridon de madame Leroy, le saligaud. Ouf, on l’avait échappée belle. Ce qui ne nous empêchait pas de le fixer présentement avec effroi et désapprobation.
Et une Kro pour Momo ! Avec ou sans mousse, la Kro ?

Madame Leroy revint vers nous avec trois canettes de coca, un verre de lait et un autre à demi rempli d’un breuvage sirupeux et foncé sur un plateau. Il y avait également un paquet de biscuits. Des pailles d’or à la framboise. Les préférés de Virginie.
Je m’étais assis à côté de Momo, non par impolitesse, mais pour tenter de masquer ses initiales gravées de mon coude droit.
- Asseyez-vous donc mes chers enfants, répéta Madame Leroy a l’adresse de Virginie et Tomtom encore debout, en nous tendant les canettes de coca et le verre de lait pour Thomas, se réservant le mystérieux breuvage pour elle-même.

- Alors, que me vaut cette charmante surprise ?
- Chez pour notre exposé, fit Momo en projetant une pluie de miettes de paille d’or en direction de l’institutrice.
- On doit rédiger un exposé sur Pierrefitte, précisa le petit rouquin intello assis à ma gauche.
- Pierrefitte infolite, plussoiya notre copine qui avait laissé son siège à la vieille dame, l’aidant même à s’y assoir.
- C’est notre prof d’éducation civique, précisais-je.
- Pierrefitte insolite ? Quelle idée surprenante de la part de votre professeur. Et qu’est-ce qui peut bien vous faire penser que je pourrais vous aider, répondit-elle en nous fixant, attrapant d’une main tremblante son verre au contenu mystérieux que Momo, finissant sa canette d’un gros rot, reluquait maintenant avec envie.
- C’est que, on a pensé, comme vous connaissez tout, ben que peut-être vous auriez des histoires à nous raconter, comme des maisons hantées, tentais-je
- Oui, des trucs plus anfiens comme des Forfières qui faisaient des facrififes dans le bois à côté…
-  Ou des messes noires dans le bois de Richebourg ? (Thomas obsédé par les messes noires, à cause de ses parents sans doute.)
- Hé, M‘dame, comment vous faites pour vos courses, le coca et tout et tout, c‘est ravitaillé par les corbeaux par ici, se crut malin d’ajouter Momo, très pragmatique, que le côté  insolite de Pierrefitte commençait à gonfler sérieusement ?
- Sachez, mon jeune ami, que malgré la vétusté apparente des lieux, je dispose ici d’une bonne couverture 3G me permettant de faire mes courses via WWW.wooshop.com . Le service est payant, mais je suis livrée dans la journée suivant la commande, le rassura Madame Leroy, tapotant le dernier modèle d’Iphone qu’elle venait de faire apparaitre comme par magie dans sa main à peine déformée par l’arthrose. Quant à l’aspect insolite de notre ville, je n’ai malheureusement rien de vraiment intéressant à vous raconter.  Ni maison hantée, ni sacrifice dans le bois de Richebourg, ni messe noire, et encore moins d’atterrissage d’ovnis dans les environs.
Momo loucha à ne pas s'en remettre sur le portable et la vieille dame qui le brandissait, se disant que c’était choquant une telle technologie entre les mains de cette ancêtre.
- Miaou, minauda le gros mistigri.

Toute ressemblance avec tante May est...
Volontaire !

- Bien, je crois qu’il est l’heure de donner à manger à Miss Tigritte, ne m’en voulez pas, mes chers enfants, mais je suis obligée d’écourter cette petite réunion fort sympathique. Désolée de n’avoir pu vous aider pour votre exposé.
Madame Leroy s’était levée, nous signifiant qu’il était grand temps de la laisser vaquer à ses occupations de vieille personne.
Déçus.
Aucune piste.
 Rien.
Au moment de prendre congé, alors que nous venions de franchir la porte, madame Leroy me saisit le poignet avec une force inattendue.
- Marceau Martin, avez-vous une idée de l’étymologie de Pierrefitte ?
- l’éty quoi, demanda Momo ?
- l’étymologie, expliqua Thomas, l’origine du mot, sa signification.
- Fa vient de Pierre, supputa Virginie ?
- Vous n’êtes pas loin ma fille, Pierrefitte vient de Petra ficta en latin. Que l’on peut traduire par « Pierre fichée », ou encore menhir. Je pense que s’est une bonne base pour démarrer vos recherches.
Ce 13 Avril 2011, vers 16 heures, nous avions appris l’origine du nom de notre ville.
Pierrefitte, Petra ficta, pierre fichée, menhir.
Sans aucun doute le seul point digne d’intérêt de notre exposé.
Nous n’avons plus jamais revu madame Leroy dans ce monde.

- Regarde, Marceau, il y a quelque-chose d’écrit derrière la photo, me répéta Thomas pour la seconde fois.
- Hein ? Quoi ?
Mes souvenirs de cette journée d’Avril passée depuis plus de trois ans firent place au présent, s’effaçant comme les bandes de brouillard au matin de cette belle journée d’automne.
Thomas me tendait le dos de la photo.
Au stylo rouge, l’écriture inimitable de Monsieur Paturot.
«  Une équation à plusieurs inconnues, n‘impose pas forcément une seule solution. »
- C’est quoi ce charabia, s’interrogea Momo ?
Mais moi, j’avais encore un pied et une Convers coincés dans le passé, sur le perron de la vieille maison biscornue.
Pierrefitte. Petra ficta. Pierre fichée, Menhir.

Monolithe.

vendredi 16 janvier 2015

Chapitre 13 : Photo souvenir.




- Vous faites quoi les mecs, j’peux entrer ? Je zonais dans le coin et je me suis dit : tiens, si j’allais chez mon pote Marceau histoire de passer.
- Ouais, vas-y entre.
Mais l’intéressé était déjà affalé dans le fauteuil du salon, à côté de Thomas qui venait juste de commencer la lecture de mon roman. Un concurrent sérieux pour maman ce Momo.
Au passage, il s’était fait la boule à zéro, notre Jocker des bacs à sable. Probablement sur injonction de sa daronne offusquée par le tableau de sa tignasse fluorescente. On pouvait presque lire sur son crâne comme dans un traité de chirurgie réparatrice. Le nombre de cicatrices y était impressionnant, témoignage de bastons anciennes. Par contre, pour celles à venir, il faudrait trouver un autre endroit.
- Hé, mec, au fait, tu fais quoi en slip à c’t’heure ? T’as pécho une meuf ? On t’a interrompu ? Elle est bonne ? C’est qui ? Tu peux nous présenter ?
- Non, Non, c’est juste que je viens de me lever, j’ai pas bien dormi.
- T’as encore fait ton rêve ? Y avait Nabilla cette fois ? Salut poil de carotte, c’est quoi qu’tu lis, demanda-t-il en arrachant les deux feuillets que tenait Thomas sans même attendre la réponse.
- Hé, mec, c’est ton devoir de punition. Trop cool !
Heu...
T'es dans la mouise, Marceau.
Et voilà.
Ce que je redoutais arriva.
Il y a des jours comme ça…
J’essayais de détourner l’attention.
- Voulez boire quelque chose ? Y a du coca.
- Il reste pas un peu de pastaga, plutôt ?
Je sais, là vous allez me dire : «  Momo ne peut pas boire d’alcool, c’est un musulman, et c’est bien connu, les musulmans ne boivent pas d’alcool, en principe. »
Et qu’est-ce qui vous fait dire que Momo est musulman d’abord, hein ?
Oui, bon, Mohamed, j’avoue. Il y a de fortes chances.
Mais il y a toujours une exception qui confirme la règle.
En plus, c’était une blague de sa part.
Mon pote Momo ne buvait pas d’alcool.
Non pas à cause de son hypothétique religion, mais parce qu’il avait 14 ans, et qu’à 14 ans on ne boit que du coca, sauf Thomas.

Du coup, ce fut coca pour Momo, idem pour moi et un verre de lait froid pour Thomas.
Avec gâteaux secs, Curlys et une bonne tranche de Justin Bridou pour mon pote trop jeune pour s’enfiler un pastis un dimanche à 14 heures à peine dépassées.
- Hé, Marceau, c’est trop cool ton truc, attend, vas-y, je finis, fit-il alors que j’essayais de lui reprendre mes feuillets.
Le comique avait un don certain pour l’imitation, ce qui nous faisait souvent bien marrer en classe.
Il prit la voix, les intonations de Mr Paturot, même les mimiques, se colla les lunettes de Tomtom sur le nez et commença à lire mon texte à voix haute.
Voilà ce que je redoutais le plus.
« Ce matin-là, Marceau, bientôt quinze ans, monta dans le bus qui l’amenait comme tous les matins au lycée Feyder d’Epinay-sur- seine. »
c’était ma phrase. Et même si l’imitation du prof était parfaite, je n’avais pas trop envie de rigoler.
Thomas non plus d’ailleurs. Il avait bien saisi que la situation était un peu gênante.
Mon pote aux gros sabots continua sans se laisser démonter.
«  C’était au mois d’octobre. Le soleil n’était pas encore allumé, et dehors il faisait froid. »
- Hé, mort de rire le soleil qui s’allume! Clic ! Faudra penser à lui changer les piles à ton soleil, sinon ça vite faire comme dans le jour d’après. On va se peler grave ! J’te conseille de lui mettre des Duracel, ça dure plus longtemps !
- Momo, tenta de s’offusquer Thomas qui, cette fois, parvenait difficilement à réprimer son sourire.
Moi, je n’en menais pas large.
C’est vrai que le soleil qui s’allume, franchement c’était pas trop adapté comme figure de style.
- Attendez la suite, hurla de rire mon traitre de copain.
«  Mais comme dans le bus il y avait de la climatisation, Marceau n’avait pas froid. Il regardait dans la rue mais il ne voyait pas grand-chose, parce qu’il y ‘avait de la buée sur la vitre. »
Il pouffait déjà à la grosse vanne bien lourde qu’il allait sortir.
- Moi, si j’étais ton héros, tu sais ce que j’aurais dessiné sur la vitre avec mon doigt ?
- Momo, c’est bon, là, tu peux pas être sérieux deux minutes ?
- même trois si tu veux !
Mais Momo était lancé et rien ne pouvait plus l’arrêter.
«  Le bus s’arrêta en couinant ( CCCOOUUUIIIIIINNE ! imita-t-il) devant l’arrêt de bus de la mairie. La porte s’ouvrit et une femme entra dans le bus. »
- Super, on arrive à la scène de boules, commenta mon pote en pleine forme avant de continuer le massacre :
«  Comme il n’y avait plus de place ailleurs, la femme s’était assise à côté de Marceau. Elle était habillée tout en noir comme un corbeau (CROOA ! CRRROAA !!) et même ses cheveux, ses ongles et sa bouche étaient noirs.
- Une gothique, demanda Thomas ? Mes parents n’aiment pas du tout les gothiques. Avec leur croix à l’envers. Ils disent que ce sont des satanistes.
- Mais non, c’est juste la daronne à Indochine, pouffa Momo.
- C’est pas une daronne, c’est une jeune, tentais-je d’expliquer.
- Alors il faut le préciser, dit Thomas, sinon, on ne peut pas savoir. Mets plutôt fille à la place de femme.
- Ok, je changerai.
- Silence là-dedans, je continues. Momo semblait se prendre au jeu. Où j’en étais. La fille tout en noir, donc.
«  Elle était habillée en cuir avec des bottes de cuir vernies qui montaient jusqu‘aux cuisses. »
- C’est une tapineuse, me demanda le pseudo connaisseur ?
- c’est quoi une tapineuse, s’enquit Thomas l’innocent ?
- ‘Tain les mecs vous êtes relous !
«  Au dessous de son œil droit, il y avait une marque qui ressemblait à un pique comme sur un jeu de carte. »
- Super on va pouvoir se faire une belotte !
«  Pendant tout le trajet entre la mairie de Pierrefitte et l’arrêt de bus à la gare d’Epinay-Villetaneuse, la femme en noir regardait Marceau, sans dire un mot. »
- Sans piper mot, corrigea l’intello de service. Ce qui déclencha l’hilarité de Momo. Je me demande bien pourquoi.
Il reprit sa respiration à mon grand désespoir pour attaquer illico la deuxième page.
«  Juste avant de descendre du bus, elle attrapa le poignet de Marceau et lui dit : Je suis ton daron Luc ! »
Momo était explosé de rire après avoir imité le souffle maladif de Darth Vader dans la guerre des étoiles.
Ce n’était pas la réplique que j’avais écrite, bien évidemment.
Dans mon histoire, La femme en noir, ou plutôt la fille en noir disait au héros : «  Tu dois sauver le monde des fées, marceau. » Avant de lui expliquer en détail que son peuple de fées était prisonnier dans un monolithe noir, au centre d’une clairière.
J’avoue, un peu comme dans le MMORPG coréen.
Pourtant, j’avais rédigé ce petit texte juste avant de rentrer dans le jeu en question. Et même si l’image que j’avais de la fille en noir dans ma tête était empruntée au personnage s’affichant sans trop de pudeur sur le bandeau publicitaire, le reste avait une autre source d’inspiration.
J’avais certainement été influencé à la fois par le livre de Mr Paturot et par l’image de présentation de Kingdown of Wonders.
J’avais fait un mix entre les deux en quelques sortes. Et comme le thème du jeu était lui-même pompé sur le livre de Clive Barker, tout s’expliquait de manière rationnelle.
Momo s’était enfin décidé à lâcher l’affaire. Il s’apprêtait à rendre ses lunettes à Tomtom lorsque celui-ci fit une découverte fortuite en manipulant l’enveloppe de kraft qu’il croyait vide.
La photo qui y était coincée glissa à nos pieds.
Je la ramassais.
Les mômes sur la photo, ça vous rappelle rien ?
Moi, si !


Il s’agissait d’une vieille photographie polaroïd dont les couleurs commençaient à prendre une teinte jaunasse avec le temps.
On y voyait,  dans un bois, une petite maison biscornue et quatre silhouettes minuscules s’apprêtant à gravir le perron.
En dessous, une date : le 13 04 11. L’heure aussi. 15h48.
Cette bicoque de guingois me rappelait vaguement quelque chose.
Pareil pour les personnages de dos qui ressemblaient à des gamins.
Le premier à gauche portait un maillot de foot bleu avec un gros numéro 10 au dos, le second un pull à col roulé noir, le troisième une veste de survêtement Addidas et le dernier, un pantalon vert pomme à pattes d’éléphant.
- Hé, dit Thomas, on dirait nous !

dimanche 4 janvier 2015

Chapitre 12 : Un étrange paquet devant le seuil.



Le lendemain matin, je m’éveillais tout excité à l'idée de vivre à fond ce dimanche qui serait certainement le plus cool de ma vie.
Maman était rentrée vers 22 heures hier soir et m’avait enguirlandé pour de multiples raisons.
Justifiées les raisons.
Oui, Mum, je sais, j’abuse. Mais je suis un ado, c’est dans l’ordre des choses, non ? Ou plutôt dans le désordre des choses…
Après le coup de fil de Virginie, non seulement je n’avais pas rangé ma chambre, (ni la cuisine, ni le salon où trônait barquette de plat préparé vide avec sa fourchette sale, paquets de chips froissé option miettes, verre encore à demi rempli de coca éventé et boitier ouvert du dernier DVD de ma série préférée Desperate housewives. Mais ça, c’est entre nous, interdit de le répéter aux potes, hein ?)
Et j’en avais rajouté une couche.
Bonjour le boxon que j’avais semé, retournant tout mon placard pour y dénicher ma panoplie parfaite pour le rencard du lendemain. Juste après le coup de fil et après être retombé du plafond, en oubliant même ma mission de sauveur du royaume de Taleen par la même occasion.
Bien entendu, j’avais tout sorti et tout laissé par terre en vrac au beau milieu de ma chambre.
Je savais que j’allais me prendre un savon. Et pourtant, c’était plus fort que moi.
Par contre, j’avais trouvé ma tenue d’apparat. Que j’avais bien rangée, pliée méticuleusement sur le tabouret dans la salle de bain.
Au menu, mon blazer de velours noir tout neuf, vu que je l’avais mis qu’une fois, sur un teeshirt blanc et un jean propre. Un truc simple style casual chic. Restait un point d'interrogation pour les pompes, je n’avais pas encore décidé :
Baskets ou imitation Dr Martens dénichées sur Sarenza ?
Pour la coupe de cheveux, un peu de gel ferait l’affaire. J’allais presque ressembler aux types qu’elle fréquentait, ma belle Virginie.
En mieux, j’espérais.

Ma mère était donc rentrée du taf en mode rogne et je la comprenais vu que la déco de la baraque cherchait son inspiration du côté de la bataille de la gare d'Austerlitz. Mais elle s’était rapidement calmée après être entrée dans la salle de bains.
J’étais en train d’essayer de remettre un peu d’ordre dans ma chambre lorsqu’elle frappa/entra. (ou dans l’autre sens, tellement les deux actions étaient simultanées.)
- Marceau, tu fais quoi demain ?
Voix douce comme pour m’amadouer.
- Rien de précis, M’man, on sort avec les potes, peut-être au ciné.
- et vous allez voir quoi ?
Bonne question…
- Heu, un film, je sais pas, on verra.
- Et elle s’appelle comment ?
Et voila.
Trois répliques pour en arriver à l’essentiel. Elle ne perdait pas de temps, ma mère. Direct elle attaquait le plat de résistance.
- Comment ça ? Ah ? Elle ? Non, c’est juste avec Virginie, on a prévu de se voir demain.
- Virginie. Elle a bien changé depuis son retour de vacances.
Ça, c’était une évidence. Deux belles évidences bien placées me susurrait Momo en mode petit diable planqué du côté obscur de ma conscience.
- Une vraie petite femme. Non? Continua-t-elle d’insinuer. Et toi tu es presque un petit homme, mon chéri.
Ça voulait dire quoi ?
Dans cette dernière phrase, il y avait presque autant de sous-entendus  que dans l’homélie du curé de Pierrefitte quand il avait un peu trop abusé du vin de messe. Mais je n’avais pas forcément envie que maman appelle un chat un chat.
Quand l’inquisitrice daigna sortir de mon territoire avec son demi-sourire qui en disait long, elle me laissa un peu décontenancé.
Et elle négligea de fermer ma porte, comme de bien entendu.
En gros, ça voulait dire : « Mon petit bonhomme, tu as peut-être un peu de duvet sur le menton, mais tu est encore le petit bébé à sa maman. (Adoré)
Sans faire de bruit, j’ai refermé la porte de mon antre et je me suis lancé sur le lit encore encombré de vêtements en boules, sourire aux lèvres.

Le sommeil vint difficilement.
Sur le dos, les mains derrière là tête, je fixais le plafond parfois éclairé par les phares d’une voiture qui se faisaient de plus en plus rares au fil des heures qui passaient, lorsque bientôt, s’y dessina la silhouette de Virginie déguisée en Alice avec ses nouvelles chaussures roses ou bleues.

Bzzz ! Bzzz !
Déjà le réveil ? 10 heures 47... Je suis à la bourre !
Ah non, on est dimanche matin !
Pas le réveil,  le vibreur de mon portable.
Vous avez un nouveau message.
Un texto.
Virginie…
Ouvrir.
Lire.
«  Hello, Marceau, ça va pas être poffible aujourd’hui, invitée à l’aniv de Max, tu fais le gars en terminale avec le look hipfter, j’avais oublié que j’avais dit oui. DSL. Tu m’en veux pas hein? Une prochaine fois.  Biz. »
Je voyais très bien qui était ce Max en question.
Grand, baraqué barbe et fausses lunettes, avec sa cohorte de bimbos gazouillantes qui lui tournaient autour.
A ce moment, j’aurais aimé que maman soit là, pour une fois.
Me conseiller.
Que faire ?
Répondre à la traitresse ?
Faire le mec détaché et cool ?
L’insulter en lui demandant d’aller se faire voir chez les grecs ou même les papous?
Lui dire que c’était pas grave parce que justement, j’avais rencard avec Melle Vignot la prof de gym qui en pinçait grave pour moi.
Me pendre ou me jeter du haut de ma fenêtre dans le caniveau ?
Pour le moment, j’avais juste envie de rajouter une ou deux zébrures à l’écran fendillé de mon portable en le projetant avec rage contre le mur.
J’ai juste répondu :
« Pas grave. Biz. A+ »
Et elle pour clore la discussion :
«  T trop mignon. A+ »
Ça voulait dire quoi « T trop mignon ? »
Il me faudrait un dictionnaire de traduction du langage des filles pour en comprendre la signification cachée.
En entrant dans la salle de bain, je me suis pris le coup de massue qui m’a achevé.
Maman était partie très tôt, pour toute la journée, faire le tour des brocantes avec sa copine Hélène. Non sans avoir déposé un petit cadeau sur le tabouret où trônait ma panoplie de parfait ex-charmeur.
Un petit sachet carré de 4X4 cm avec marqué « Durex » dessus…
Ils ont des cadeaux chelous dans les nouveaux kinder surprise...
La honte de ma vie.
Sérieux, ça m’a choqué.
Comme si…
Et en plus venant de ma daronne…
On devait se voir avec Virginie, c’est tout.
Y avait pas de mal. Juste discuter.
Les vieux, tout de suite, ils ont des idées sales.
Là j’étais carrément dégouté.
Sans compter que le truc immonde qui me narguait dans son sachet brillant, j’allais pouvoir me l’enfiler sur la tête pour mieux ressembler à un schtrumpf !
Grincheux le schtrumpf, je précise.
Grincheux et triste, aussi.
J’avais qu’une envie, qu’elle passe vite cette journée de m…e.
Qu’on en finisse.
Et le pire restait à venir.
Lundi, la confrontation avec la bougresse.
Pfff !!!
Dégouté.
Tiens, j’envisageais même d’adopter la tactique de Madame Touffaux.
Trois semaines d’arrêt de travail. Ça le valait amplement.
Je me suis recouché.
Je crois même que j’ai pleuré.
De colère, je précise.

En fermant les yeux, je m’imaginais deux ou trois têtes de plus que dans la réalité. Avec une barbichette cool et des grosses lunettes tendance. Le Max essayait d‘emballer ma Virginie en la tenant fortement par le poignet, comme le frère Christini, l’autre jour. Virginie disais : «  F’est bon, lâche-moi ! » moi, j’arrivai derrière lui, lui tapotant l’épaule de l’index, et quand il se retournait, d’un direct du droit je l’envoyais en croisière sans retour pour Mars. Ou même Jupiter, tiens, il l’avait bien cherché ce bouffon !
Le Marceau, faut pas piétiner ses plates-bandes ! Vous êtes prévenus !

Non, mais…
Sauf que…
Si seulement mes rêves pouvaient devenir réalité.
Me suis forcé à me relever.
Me changer les idées.
Télécommande, téloche.
Suis tombé sur le spectacle affligeant de curés rougeauds en train de picoler du vin de messe.
Sur une autre chaine un ex-présentateur vedette devenu bedonnant et luisant essayait de vendre à la ménagère avertie un concombre rose en plastique vibrant super pas cher dont l’utilité ne me sautait pas aux yeux de prime abord.
Marre de cette foutue TV et ces programmes à pleurer.
Marre des dimanches et de tous les autres jours de la semaine.
Marre de la vie et de ses revers perfides.
Moral dans les abysses, juste à côté de l’épave du Titanic.
J’étais encore en slip, à 14 heures quand on sonna à la porte.

- Hello, Marceau, on peut se voir cet après midi ?
C’était Thomas. Avec son magnifique pantalon couleur granny Smith, celui qu’il mettait les jours de messe.
- Ouais vas-y, entre.
- Tu viens de te lever ?
J’avais oublié que j’étais encore en sous vêtements.
- Nan, nan, c’est juste que je savais pas trop quoi me mettre aujourd’hui.
- Ah ? Tiens, tu sais quoi, j’ai trouvé ça devant ta porte, me dit-il en me tendant une enveloppe craft format A4.
- Ça doit être pour ma mère, le proprio ou un truc comme ça.
- Non, regarde, c’est marqué Marceau Martin dessus. Or, des Marceau  Martin, j’en connais pas d’autres dans cette maison.
C’est bizarre, j’ai tout de suite compris qui était l’expéditeur de cette enveloppe. Enfin expéditeur, façon de parler, vu qu’il n’y avait pas de timbre.
Monsieur Paturot.
Et dedans, Scratch, ouverture à l‘arrache, Bingo !
Le chapitre 1 de mon futur roman.
Par contre, déçu.
Aucune annotation. Aucune correction.
Pas le moindre compliment, conseil, indication, encouragement.
Rien. Silence radio sur toute la ligne.
L’avait-il lu au moins?
Et pourquoi me l’avait-il laissé sur le perron.
Ça pouvait bien attendre lundi, non ?
J’étais un peu interloqué.
- C’est quoi, demanda Thomas ?
- C’est mon chapitre 1, tu sais, l’heure de colle, hier. Paturot me l’a sans doute déposé ce matin en passant devant chez moi.
- C’est Bizarre. Il n’y a pas d’annotation.
Perspicace le Tomtom. Un vrai petit Sherlock Holmes en herbe.
- je peux le lire ?
Pourquoi pas. Momo n’était pas là et je n’avais donc aucune crainte de devoir subir les quolibets de mon pote.  Thomas pourrait même m’aider à affiner certains passages.
- Vas-y, si ça te fait plaisir, lui répondis-je au moment même ou on sifflait dans la rue, puis envoyait une pluie de petits cailloux contre la vitre du salon.
Quand on parle du loup…
Ça, c’était Momo qui débarquait à l’improviste.