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vendredi 14 novembre 2014

Chapitre 6 : Injustice !



- Alors ? Comment ça s’est passé ?
Thomas était tout frétillant. Impatient de connaitre tous les détails de notre entrevue avec le proviseur.
Nous venions de sortir de son bureau, juste au début de l’interclasse de 10 heures 30, ce qui nous laissait dix bonnes minutes pour tout raconter à notre pote.
- On a une bonne et une mauvaise nouvelle, Thomas, fit Momo, l’air mystérieux, demi sourire en coin.
Qu’est-ce qu’il mijotait, avec son regard des mauvais jours ? Celui du petit diable qui s’apprête à faire une grosse bêtise.
- Mon certificat ? Ça n’a pas fonctionné ?
- Si, c’est la bonne nouvelle, merci mon pote, grâce à toi, on ne fera qu’une demi-journée de colle au lieu du samedi complet.
- Ah, super ! Je suis super content, mes amis. Si vous saviez, toujours un bonheur de venir en aide à mes vrais amis. Au catéchisme on m’a appris qu’il fallait toujours aider son prochain sans forcément en attendre quoi que ce soit en retour. Et, heu, la mauvaise nouvelle, c’est quoi ?
- Ben, méchamment, ça s’écrit avec deux M. Du coup, tu nous accompagnera samedi matin, Thomas.
Momo, sérieux, c’est abusé, regarde la tronche décomposée de Thomas…
Mais le bougre, sur sa lancée, enfonça même le clou jusqu’à la garde.
- En fait, méchamment, selon Piquet, ça s’écrit avec deux M et un T. Marceau, Momo et Thomas. Bienvenue au club des collés, amigo !
A cet instant j’aurai du immédiatement le rassurer et lui dire que c’était une blague. Ses yeux commençaient à rougir, et bientôt, deux grosses larmes couleraient sur ses joues. Mais je préférais que Momo prenne l’initiative d’arrêter ça tout de suite.
- C’est injuste, bredouilla Thomas dans un demi sanglot, vraiment injuste !
Soudain, Thomas se mit à cavaler vers l’établissement comme une fusée.
Lui qui n’était pas capable d’aligner dix mètres sans pomper désespérément sur sa ventoline, venait de nous faire une belle démonstration de démarrage en sprint et sans les starting block, s’il vous plait.
- je vais aller le voir ! J’exige une explication ! C’est pas juste !
Et il disparut de notre champ de vision, se faufilant et zigzagant avec une habilité peu coutumière parmi les groupes d’élèves qui n’avaient d’yeux que pour nous. (Les héros de la journée.)
- Momo, là vraiment, tu crains, mec ! Tu sais quoi ? Tes parents, ils auraient du t'inscrire au catéchisme, j'suis sur que ça t'aurais fait du bien !
- Ben quoi, faut bien s’marrer un peu, non ?
Aussi sec, je me lançais à la poursuite de mon pote indigné mais déterminé à lever cette pseudo injustice.
- Thomas, attends !
Bien trop tard.
J’avais la rage contre Momo que je devinais se marrer comme une baleine. Franchement, ça ne se faisait pas !
Dans le silence du couloir désert, j’entendais Thomas souffle court mais déterminé, un étage au dessus qui répétait dans un halètement maladif et sifflant la même rengaine : «  C’est pas juste ! Pfff ! C’est pas juste ! Pfff !»
C’est qu’il cavalait vite, le petit asthmatique, à croire que l’arbitraire était un bien meilleur remède que son inestimable flacon pressurisé.
Parvenu au troisième étage, celui du proviseur, je compris que c’était plié. Même en y mettant mes dernières ressources, jamais je ne rattraperai mon pote avant qu’il ne commette l’irréparable.
De toutes façons il avait déjà ouvert la porte du bureau de madame Chafouine, annexe de celui du dirlo, sans même frapper.
Campé sur ses deux petites jambes tremblotantes, l’index tendu et accusateur, de sa petite voix haut perchée, il émit un dernier
«  c’est pas juste ! »
En tous cas, c’est ce que ses lèvres essayaient de prononcer, car aucun son ne parvenait à les franchir.
En approchant sans me montrer, je pus comprendre le pourquoi du comment de la surprise qui lui avait cloué le bec.
Monsieur Piquet, en caleçon, debout devant madame Chafouine, affairée à recoudre le bouton de sa braguette.

Situation pour le moins embarrassante...
Heureusement que Momo n'était pas là.
Armé de son portable, il aurait fait un malheur sur les réseaux sociaux.

Je vous laisse imaginer le tableau invraisemblable.
Momo aurait été là, sûr qu’il aurait éclaté de rire, dévoilant sa présence par la même occasion. J’ai préféré faire le discret. Pas la peine d’en rajouter, cette journée m’avait déjà rapporté un quart de Week End consigné comme un malfrat dans une classe du lycée Feyder, et j’estimais que c’était largement suffisant.
Quand à Thomas, ma foi, Pas certain qu’il trouva encore injuste ses quatre heures de colle qu’il partagerait à nos côtés, et dont il écopa immédiatement et sans la moindre protestation, cette fois.

Le reste de la matinée fut un peu moins mouvementé.
De retour en classe, chaque fois que je me retournais, j’avais droit au beau sourire de Virginie. Un bonheur. Elle qui m’avait snobé depuis le retour des vacances.
En cette journée d’octobre ensoleillée, j’avais l’impression que le printemps avait déjà fait son come back.
A coté de moi, je suspectais Momo de préparer son prochain mauvais coup.
Un rang derrière, Thomas sanglotait sans cesse : «  Comment je vais annoncer ça à mes parents… »
Bref, la vie reprenait son cours habituel.

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