J’ai oublié de vous parler d’un truc.
Momo était mélomane. En gros, ça voulait dire qu’il adorait la musique.
Toutes les musiques.
Sauf le rap !
Si tu avais le malheur de lui passer un Booba, ou même un truc plus consensuel style sexion d’assaut, le mec Momo se mettait en mode berserk, devenait tout vert, triplait de volume, déchirait son survet Addidas et son sweet à capuche de chez Finger, pour aller frapper le mur d’en face à grands coups de boules répétés. Même que de la fumée lui sortait des naseaux !
Ben quoi ? Un ado qui vit dans une téssie du neuf-trois n’est pas forcément obligé d’apprécier le Boum-Boum. Faut éviter de tomber dans les clichés.
Sur Quizsongs, il nous explosait tous. Et sans contestation possible. Surtout Thomas dont le répertoire musical semblait s’arrêter à la version de Tino Rossi du petit papa noël.
Momo était un inconditionnel de la chanson française.
Des vieux trucs surtout. Il me disait que ça lui rappelait quand il était dans le ventre de sa mère. No soucy à l’époque. Bien au chaud et sans risquer une vilaine torgnole de son daron.
Je l’ai même vu pleurer une fois en écoutant la môme Piaf. Bon, mais ça, c’est entre nous. Il m’a fait jurer de ne jamais le répéter.
Je crois même qu’il a vu le film au moins vingt fois.
Mais sa chanson préférée, à l‘époque, c’était le sud, de Nino Ferrer. Ça le faisait voyager dans des contrées, de l’autre côté de la grande bleue, où le soleil n’était pas encore tout gris.
La musique classique aussi le transportait, et pas seulement Wagner.
Fallait le voir, sourire béat quand on lui mettait le CD de la petite musique de nuit du mec Mozart.
Il se prenait même pour le chef d’orchestre. Mimant les violonistes et les clavecinistes en même temps. Il était en extase. Surtout au final, pour le solo de batterie !
Et en plus, il chantait bien notre apprenti délinquant mélomane.
Une voix en or qui pouvait monter très haut et descendre tout en bas. (DSL pour les pléonasmes.). Et tout ça au cours du même couplet.
Gagnant à la nouvelle star, c’était une évidence. Sauf qu’il risquait de mettre le feu à la scène. Au propre comme au figuré.
On aurait du refiler le tuyau aux profs. Faire cours avec un léger fond musical. Comme ça, Momo gentil, tout bien lavé du cerveau. Juste penser à lui essuyer le filet de bave pour pas tacher son cahier.
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| Momo au septième ciel... Ça vaut bien un p'tit dessin, non ? |
Tiens, je viens de réaliser que j’étais totalement hors sujet.
Je ne vois pas pourquoi je vous raconte tout ça maintenant, puisque nous venions de sortir de la cantine, qu’il restait une bonne demie heure avant la reprise pour finir les présentations d’usage, et que la musique, dans la cours du lycée Feyder y était interdite depuis qu’un groupe de rap autochtone avait tenté de s‘y produire, nécessitant l’intervention de trois cars de police.
Pour calmer Momo.
Ok. Vous n’êtes donc pas obligé de lire ce qui précède. Cela ne nuira pas du tout à la bonne compréhension de la suite.
- Salut, mon nom, c’est Tania Mac Leen, j’ai pris le bus avec Marceau ce matin et il m’a dit que toi et Thomas étiez ses meilleurs amis.
J’avais omis de parler de Virginie.
Momo tournait autour de Tania, ne sachant trop si c’était du lard ou du cochon cette fille-là.
Il consentit toutefois à serrer la main résillée qu’elle lui tendait.
Avec réserve, faut pas charrier quand même.
Pareil pour Thomas, à l’écart qui ne lâchait pas son hostie au fond de sa poche. Vestige de sa communion. Elle avait du fondre depuis le temps.
- Ouais, ben moi, c’est Momo. Et le rouquin là-bas qui se planque c’est Tomtom. Et tout là-bas derrière, à côté du gros lourdingue poilu qui va s’en manger une s’il continue à la draguer comme un morfale, c’est Virginie, la petite amie de Marceau.
Punaise.
Merci Momo, je t’adore.
Un tour de force cette présentation.
- Ah, fit Tania en se contorsionnant pour mieux voir l’autre côté de la cour, c’est ma voisine de classe. Hum, j’ai l’impression qu’elle ne m’aime pas beaucoup. C’est vraiment ta girlfriend, Marceau ? Parce que là, j’ai plutôt l’impression qu’elle cherche à te mettre dans l’embarras.
Thomas intervint. Volubile.
- C’est pas sa petite amie, c’est juste notre copine d’enfance. Sauf que depuis la rentrée elle fait sa délurée, mais ça va lui passer. En fait, elle est plutôt très sympathique. Enfin, ça dépend des fois. Et avec qui. Tiens, il y a deux ans, elle a mordu sa copine de classe, Nathalie, à la main, parce qu’elle avait écrit des trucs sur elle sur facebook. Moi, je n’ai pas facebook, alors j’ai pas pu lire, mais la mère de Virginie a été porter plainte et, c’est rigolo, la mère de Nathalie aussi et elles se sont toutes les deux retrouvées au commissariat et se sont battues. C’est la brigadière de faction qui a du les séparer. Ensuite, la mère de Nathalie l’a mise dans une école privée, même que mes parents qui ne voulaient pas que je suive mes amis au lycée Feyder, m’y avaient inscrit pour la rentrée, mais il n’y avait plus de place…
Le monologue de Thomas continua jusqu’à la fin de la pose du midi.
Un peu trop fastidieux à retranscrire ici.
- Hello Thomas, merci pour toutes ces précisions, je tâcherai de m’en souvenir, ponctua Tania tandis que retentissait la sonnerie de reprise de 14 heures.
Étrange.
Ce n’était pas dans son habitude d’être en retard. Pourtant, à 14 heures 15, toujours aucune nouvelle de notre prof de maths.
Nous étions tous réunis devant la porte de classe fermée lorsque Mr Ramirez, le surveillant vint nous annoncer que Mr Paturot n’assurerait pas ses deux heures de cours.
Comme la semaine précédente d’ailleurs.
Et comme notre pomponnée prof de Français, Mme Anna Gnanz était clouée au lit par une bonne gastro, c’était fin des cours pour aujourd’hui. Et tant pis pour les fleurs du mâle !
Mr Ramirez vérifia sur nos carnets de correspondance que nous avions bien le droit de sortir de l’établissement dans ce cas de figure, ce qui était le cas, sauf pour Thomas qui du s’enquiller 3 heures bloqué en permanence.
Virginie avait sans doute déjà sorti son Iphone dernière mais pas ultime génération pour appeler Hubert, enfin non, sa daronne en 4X4, qui viendrait certainement la quérir à la sortie du lycée.
Pour nous autres, simples piétons, ça serait longue attente à la gare d’Epinay-Villetaneuse, vu qu’à cette heure là, les bus, il n’y en avait pas trop. (Heure de la sieste oblige.).
En y repensant, l’absence de Mr Paturot était quand même assez surprenante.
Lui qui avait la réputation de ne jamais louper une heure de cours, d’arriver toujours largement en avance. Consciencieux jusqu’au bout de sa craie. Jamais malade, la grippe, connait pas ! A croire que les virus l’évitaient. Peut-être grâce à son armure de protection légendaire avec sa formule magique pour repousser les miasmes malsaines.
E=MC2.
Même les jours de grève, il était là. Nous avions pu le confirmer déjà deux fois depuis la rentrée. Le seul prof présent de tout le lycée, alors que ses collègues devaient sans doute manifester au fond de leur lit ou devant leur écran d’ordi à jouer à candycrush.
Mr Paturot habitait aussi à Pierrefitte.
Je le savais car le second jour de la dernière grève en date, sa petite voiture de marque non identifiée, rose d’un côté et noire de l’autre, tuning improbable, s’était arrêtée devant l’arrêt de bus où nous attendions, Thomas et moi, un hypothétique car qui devait être solidaire du mouvement des profs.
- Je vous dépose, jeunes gens ?
Et pendant le trajet à écouter les Pink Floyd ou un autre truc planant sur le radio cassette, (Vous avez bien lu !), il nous glissa dans la conversation qu’il habitait une petite maison à côté du cimetière, pas très loin de la résidence de Virginie. Juste en face pour être plus précis.
Momo aussi était solidaire ce jour là. Dommage pour lui, sur qu’il aurait apprécié le morceau de Tangerine Dream qui passait, et avait servi de générique au premier volet de l’exorciste.
Tiens, du coup, j’avais le temps cet aprèm.
Et si j’allais faire un tour juste pour prendre des nouvelles de Mr Paturot ? Et puis lui parler aussi de tout ce qui trottait dans ma tête.
Le destin se chargea de prendre la décision à ma place.
J’irai bien dans le quartier du cimetière de Pierrefitte cet après-midi là, mais pas pour y rencontrer mon prof de maths.
Après avoir récupéré mon sac qui trainait là où je l’avais jeté, je suivis mes potes tout excités d’échapper à deux heures de maths suivies des proses improvisées et assommantes de la prof de français et son inénarrable choucroute cendrée.
Alors que nous marchions sans nous presser, Tania, Momo et moi vers la gare, Un gros Pouêt- Pouêt, imitant le son d’une corne de brume version disco retentit , nous faisant simultanément sursauter.
Durant la première partie du trajet, juste avant cette nuisance sonore impromptue, Momo avait commencé à se décoincer un peu vis-à-vis de notre nouvelle camarade à l’allure si particulière.
Il faut dire que Tania avait beaucoup de charme, et un humour so scotish qui n’était pas pour déplaire à mon pote professionnel de la vanne foireuse.
A plusieurs reprises, le petit diable m’avait, pas trop discrètement, fait un gros clin d’œil pouce levé, l’air de dire : « Elle est bonne, hein ? »
Question à laquelle j’avais répondu par un haussement d’épaules gêné.
Tania n’était pas aveugle, et c’était par son petit rire ensorceleur qu’elle avait répondu à la question affirmation pourtant déplacée de notre apprenti dragueur.
Si Virginie avait été à sa place, sûr qu’une mémorable, quoi qu’amicale baston aurait éclaté entre les deux comparses d‘antan.
Pouêt ! Pouêt ! Réitéra le klaxon. En version techno new wave cette fois.
C’était le gros hammer de Virginie. Enfin de sa mère.
La portière avant droite s’ouvrit sur ma belle traitresse de copine, tout sourire.
- On te ramène, Marfeau, à fette heure, il n’y a pas trop de bufs…
Tout sourire pour moi et surtout pour Tania.
Sourire coincé quand même.
Heu…
Vous auriez fait quoi à ma place ?

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