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dimanche 4 janvier 2015

Chapitre 12 : Un étrange paquet devant le seuil.



Le lendemain matin, je m’éveillais tout excité à l'idée de vivre à fond ce dimanche qui serait certainement le plus cool de ma vie.
Maman était rentrée vers 22 heures hier soir et m’avait enguirlandé pour de multiples raisons.
Justifiées les raisons.
Oui, Mum, je sais, j’abuse. Mais je suis un ado, c’est dans l’ordre des choses, non ? Ou plutôt dans le désordre des choses…
Après le coup de fil de Virginie, non seulement je n’avais pas rangé ma chambre, (ni la cuisine, ni le salon où trônait barquette de plat préparé vide avec sa fourchette sale, paquets de chips froissé option miettes, verre encore à demi rempli de coca éventé et boitier ouvert du dernier DVD de ma série préférée Desperate housewives. Mais ça, c’est entre nous, interdit de le répéter aux potes, hein ?)
Et j’en avais rajouté une couche.
Bonjour le boxon que j’avais semé, retournant tout mon placard pour y dénicher ma panoplie parfaite pour le rencard du lendemain. Juste après le coup de fil et après être retombé du plafond, en oubliant même ma mission de sauveur du royaume de Taleen par la même occasion.
Bien entendu, j’avais tout sorti et tout laissé par terre en vrac au beau milieu de ma chambre.
Je savais que j’allais me prendre un savon. Et pourtant, c’était plus fort que moi.
Par contre, j’avais trouvé ma tenue d’apparat. Que j’avais bien rangée, pliée méticuleusement sur le tabouret dans la salle de bain.
Au menu, mon blazer de velours noir tout neuf, vu que je l’avais mis qu’une fois, sur un teeshirt blanc et un jean propre. Un truc simple style casual chic. Restait un point d'interrogation pour les pompes, je n’avais pas encore décidé :
Baskets ou imitation Dr Martens dénichées sur Sarenza ?
Pour la coupe de cheveux, un peu de gel ferait l’affaire. J’allais presque ressembler aux types qu’elle fréquentait, ma belle Virginie.
En mieux, j’espérais.

Ma mère était donc rentrée du taf en mode rogne et je la comprenais vu que la déco de la baraque cherchait son inspiration du côté de la bataille de la gare d'Austerlitz. Mais elle s’était rapidement calmée après être entrée dans la salle de bains.
J’étais en train d’essayer de remettre un peu d’ordre dans ma chambre lorsqu’elle frappa/entra. (ou dans l’autre sens, tellement les deux actions étaient simultanées.)
- Marceau, tu fais quoi demain ?
Voix douce comme pour m’amadouer.
- Rien de précis, M’man, on sort avec les potes, peut-être au ciné.
- et vous allez voir quoi ?
Bonne question…
- Heu, un film, je sais pas, on verra.
- Et elle s’appelle comment ?
Et voila.
Trois répliques pour en arriver à l’essentiel. Elle ne perdait pas de temps, ma mère. Direct elle attaquait le plat de résistance.
- Comment ça ? Ah ? Elle ? Non, c’est juste avec Virginie, on a prévu de se voir demain.
- Virginie. Elle a bien changé depuis son retour de vacances.
Ça, c’était une évidence. Deux belles évidences bien placées me susurrait Momo en mode petit diable planqué du côté obscur de ma conscience.
- Une vraie petite femme. Non? Continua-t-elle d’insinuer. Et toi tu es presque un petit homme, mon chéri.
Ça voulait dire quoi ?
Dans cette dernière phrase, il y avait presque autant de sous-entendus  que dans l’homélie du curé de Pierrefitte quand il avait un peu trop abusé du vin de messe. Mais je n’avais pas forcément envie que maman appelle un chat un chat.
Quand l’inquisitrice daigna sortir de mon territoire avec son demi-sourire qui en disait long, elle me laissa un peu décontenancé.
Et elle négligea de fermer ma porte, comme de bien entendu.
En gros, ça voulait dire : « Mon petit bonhomme, tu as peut-être un peu de duvet sur le menton, mais tu est encore le petit bébé à sa maman. (Adoré)
Sans faire de bruit, j’ai refermé la porte de mon antre et je me suis lancé sur le lit encore encombré de vêtements en boules, sourire aux lèvres.

Le sommeil vint difficilement.
Sur le dos, les mains derrière là tête, je fixais le plafond parfois éclairé par les phares d’une voiture qui se faisaient de plus en plus rares au fil des heures qui passaient, lorsque bientôt, s’y dessina la silhouette de Virginie déguisée en Alice avec ses nouvelles chaussures roses ou bleues.

Bzzz ! Bzzz !
Déjà le réveil ? 10 heures 47... Je suis à la bourre !
Ah non, on est dimanche matin !
Pas le réveil,  le vibreur de mon portable.
Vous avez un nouveau message.
Un texto.
Virginie…
Ouvrir.
Lire.
«  Hello, Marceau, ça va pas être poffible aujourd’hui, invitée à l’aniv de Max, tu fais le gars en terminale avec le look hipfter, j’avais oublié que j’avais dit oui. DSL. Tu m’en veux pas hein? Une prochaine fois.  Biz. »
Je voyais très bien qui était ce Max en question.
Grand, baraqué barbe et fausses lunettes, avec sa cohorte de bimbos gazouillantes qui lui tournaient autour.
A ce moment, j’aurais aimé que maman soit là, pour une fois.
Me conseiller.
Que faire ?
Répondre à la traitresse ?
Faire le mec détaché et cool ?
L’insulter en lui demandant d’aller se faire voir chez les grecs ou même les papous?
Lui dire que c’était pas grave parce que justement, j’avais rencard avec Melle Vignot la prof de gym qui en pinçait grave pour moi.
Me pendre ou me jeter du haut de ma fenêtre dans le caniveau ?
Pour le moment, j’avais juste envie de rajouter une ou deux zébrures à l’écran fendillé de mon portable en le projetant avec rage contre le mur.
J’ai juste répondu :
« Pas grave. Biz. A+ »
Et elle pour clore la discussion :
«  T trop mignon. A+ »
Ça voulait dire quoi « T trop mignon ? »
Il me faudrait un dictionnaire de traduction du langage des filles pour en comprendre la signification cachée.
En entrant dans la salle de bain, je me suis pris le coup de massue qui m’a achevé.
Maman était partie très tôt, pour toute la journée, faire le tour des brocantes avec sa copine Hélène. Non sans avoir déposé un petit cadeau sur le tabouret où trônait ma panoplie de parfait ex-charmeur.
Un petit sachet carré de 4X4 cm avec marqué « Durex » dessus…
Ils ont des cadeaux chelous dans les nouveaux kinder surprise...
La honte de ma vie.
Sérieux, ça m’a choqué.
Comme si…
Et en plus venant de ma daronne…
On devait se voir avec Virginie, c’est tout.
Y avait pas de mal. Juste discuter.
Les vieux, tout de suite, ils ont des idées sales.
Là j’étais carrément dégouté.
Sans compter que le truc immonde qui me narguait dans son sachet brillant, j’allais pouvoir me l’enfiler sur la tête pour mieux ressembler à un schtrumpf !
Grincheux le schtrumpf, je précise.
Grincheux et triste, aussi.
J’avais qu’une envie, qu’elle passe vite cette journée de m…e.
Qu’on en finisse.
Et le pire restait à venir.
Lundi, la confrontation avec la bougresse.
Pfff !!!
Dégouté.
Tiens, j’envisageais même d’adopter la tactique de Madame Touffaux.
Trois semaines d’arrêt de travail. Ça le valait amplement.
Je me suis recouché.
Je crois même que j’ai pleuré.
De colère, je précise.

En fermant les yeux, je m’imaginais deux ou trois têtes de plus que dans la réalité. Avec une barbichette cool et des grosses lunettes tendance. Le Max essayait d‘emballer ma Virginie en la tenant fortement par le poignet, comme le frère Christini, l’autre jour. Virginie disais : «  F’est bon, lâche-moi ! » moi, j’arrivai derrière lui, lui tapotant l’épaule de l’index, et quand il se retournait, d’un direct du droit je l’envoyais en croisière sans retour pour Mars. Ou même Jupiter, tiens, il l’avait bien cherché ce bouffon !
Le Marceau, faut pas piétiner ses plates-bandes ! Vous êtes prévenus !

Non, mais…
Sauf que…
Si seulement mes rêves pouvaient devenir réalité.
Me suis forcé à me relever.
Me changer les idées.
Télécommande, téloche.
Suis tombé sur le spectacle affligeant de curés rougeauds en train de picoler du vin de messe.
Sur une autre chaine un ex-présentateur vedette devenu bedonnant et luisant essayait de vendre à la ménagère avertie un concombre rose en plastique vibrant super pas cher dont l’utilité ne me sautait pas aux yeux de prime abord.
Marre de cette foutue TV et ces programmes à pleurer.
Marre des dimanches et de tous les autres jours de la semaine.
Marre de la vie et de ses revers perfides.
Moral dans les abysses, juste à côté de l’épave du Titanic.
J’étais encore en slip, à 14 heures quand on sonna à la porte.

- Hello, Marceau, on peut se voir cet après midi ?
C’était Thomas. Avec son magnifique pantalon couleur granny Smith, celui qu’il mettait les jours de messe.
- Ouais vas-y, entre.
- Tu viens de te lever ?
J’avais oublié que j’étais encore en sous vêtements.
- Nan, nan, c’est juste que je savais pas trop quoi me mettre aujourd’hui.
- Ah ? Tiens, tu sais quoi, j’ai trouvé ça devant ta porte, me dit-il en me tendant une enveloppe craft format A4.
- Ça doit être pour ma mère, le proprio ou un truc comme ça.
- Non, regarde, c’est marqué Marceau Martin dessus. Or, des Marceau  Martin, j’en connais pas d’autres dans cette maison.
C’est bizarre, j’ai tout de suite compris qui était l’expéditeur de cette enveloppe. Enfin expéditeur, façon de parler, vu qu’il n’y avait pas de timbre.
Monsieur Paturot.
Et dedans, Scratch, ouverture à l‘arrache, Bingo !
Le chapitre 1 de mon futur roman.
Par contre, déçu.
Aucune annotation. Aucune correction.
Pas le moindre compliment, conseil, indication, encouragement.
Rien. Silence radio sur toute la ligne.
L’avait-il lu au moins?
Et pourquoi me l’avait-il laissé sur le perron.
Ça pouvait bien attendre lundi, non ?
J’étais un peu interloqué.
- C’est quoi, demanda Thomas ?
- C’est mon chapitre 1, tu sais, l’heure de colle, hier. Paturot me l’a sans doute déposé ce matin en passant devant chez moi.
- C’est Bizarre. Il n’y a pas d’annotation.
Perspicace le Tomtom. Un vrai petit Sherlock Holmes en herbe.
- je peux le lire ?
Pourquoi pas. Momo n’était pas là et je n’avais donc aucune crainte de devoir subir les quolibets de mon pote.  Thomas pourrait même m’aider à affiner certains passages.
- Vas-y, si ça te fait plaisir, lui répondis-je au moment même ou on sifflait dans la rue, puis envoyait une pluie de petits cailloux contre la vitre du salon.
Quand on parle du loup…
Ça, c’était Momo qui débarquait à l’improviste.

2 commentaires:

  1. Bon j'avais fait un break avec les congés et du coup ça passe beaucoup mieux quand on lit 3 chapitre d'un coup... moins de frustration ;)
    Le ptit hilpfler il n'a pas de lunette tendance (on ne les voit pas sur le dessin)
    Dis moi les MMORPG sur le tard ça marque un homme ! (Déjà dans le t2 d'Alice c'était tordant, mais là je m'attends de nouveau à un gros délire)
    A bientôt et bonne année bien sûr

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  2. Coucou Hoorgs.
    Tous mes vœux les meilleurs pour cette fabuleuse année 2015.
    Merci +++ pour tes remarques toujours avisées.
    Les lunettes ???
    Mince, omis ce détail.
    Je les avais mises sur le crayonné, mais effacées à l'encrage, le Max me paraissait trop vieux pour un mec en terminale.
    Faut que je corrige ça !
    J'ai abandonné les MMORPGs depuis un an ou 2.
    WoW, Guilds war1 et 2, Everquest 2....
    Ça me manque parfois un peu mais que de temps perdu.
    Je suis en train d'essayer de mettre un peu d'ordre dans mes planches. Et crois moi, c'est pas évident.
    Je me rend compte qu'il me manque des albums complets.
    Je vais essayer de faire un inventaire et je te rappelle rapidement.
    A+++

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