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dimanche 26 octobre 2014

Chapitre 3 : Un rêve chelou.




- Hé, les mecs, vous savez quoi ? J’ai fait un rêve chelou, cette nuit. C’était carrément flippant…
- On appelle ça un cauchemar, me rétorqua Thomas, très à cheval sur la sémantique.
- Oui bon, comme tu veux, un cauchemar. Et vous voulez que je vous le raconte ?
- Mouaich, vas-y, accouche, me répondit Momo, avec un enthousiasme tellement encourageant que j’ai failli laisser tomber l’affaire.
- Tiens, au fait, Momo, je te rends ton SAS. C’est franchement crade ton truc.


... Un peu plus quand Momo décidait de faire un petit détour par chez Bébert, l'épicier du coin ouvert 24/24, pour lui subtiliser un ou deux paquets de têtes brulées, ses bonbecs préférés.

Nous étions tous les trois sur le chemin entre l’arrêt de bus et le Lycée. Vingt bonnes minutes à pied. Le jour se levait doucement, et nous venions de comprendre que l’été avait définitivement replié bagages, faisant place à l’automne et ses matinées froides et brumeuses.
- Ah ouais ? T’as pas kiffé ? Le passage avec les deux bonnes sœurs qui…
- Je le raconte ou pas mon cauchemar ? J’avais interrompu Momo au bon moment. Ça me choquais des fois, quand il sortait des trucs salaces à côté de Thomas.
On avait tous les trois le même âge. Sauf Thomas qui étais en avance d’une ou deux année scolaires. Mais autant il ressemblait à un petit chérubin, autant Momo pouvait passer pour un mini bonhomme. Tiens, s’il avait sorti une clope et se l’était fourrée dans le bec, je n’aurais même pas été surpris tant cela collait au personnage. Ce matin-là, Momo avait fait des efforts vestimentaires qui lui vaudraient certainement une ou deux heures de colle supplémentaires si monsieur O. Piquet le proviseur, trouvait un créneau encore disponible. Il cherchait les coups. Comment ses darons avaient-ils pu le laisser partir au lycée avec un teeshirt exhibant un gros doigt tendu avec marqué « j’t’em…de ! » en dessous.

Et quatre heures de colle ! Y a pas, tu cherches, Momo !

- oui, raconte nous ton cauchemar, m’avait dit Thomas qui semblait sincèrement intéressé.
Momo marchait devant et faisait style celui qui n’écoutait pas. Il shootait rageusement tout ce qui se présentait à ses simili air max neuves mais déjà miteuses. Cailloux, canettes vides, crottes de chien sèches, rien n’échappait à ce pseudo numéro 10, rebelle jusqu’au bout des orteils.
- Bon, j’étais dans ma chambre et…, commençais-je, avant d’être interrompu par mon pote qui venait d’envoyer un projectile d’un coup de pied maitrisé direct dans la calandre d’une Semic de la police toute sirène hurlante. Heureusement pour lui, elle ne s’était pas arrêtée.
- Normal si tu rêvais, t’étais forcément dans ta chambre. Faut dormir pour rêver.
Pas faux, sauf que :
- Oui, mais là, je rêvais que j’étais dans ma chambre.
- T’as des rêves chelous, mec…
Oui, j’avais prévenu.
- Ne lui prête pas attention, Marceau, vas-y, raconte la suite, m’encouragea Thomas.
- Donc, j’étais dans ma chambre et un monstre, ou je sais pas quoi, mais c’était un truc terrifiant, essayait de défoncer ma porte. Punaise, ça faisait Boum ! Boum ! boum ! Comme des coups de bélier.
- Ha! Ha ! Un bélier qui voulait défoncer la porte de mon pote Marceau. Bêêêê !! Bêêêê ! C’était ta daronne qui venait te faire un p’tit bisou ?
Je ne prêtais pas attention à la vanne bien placée du subtil Momo et j’enchainais.
- Y avait au moins dix verrous à ma porte, des gros verrous avec des chaines, et je les voyais céder les uns après les autres à chaque coup de boutoir. En commençant par ceux du bas.
Boum ! Boum ! Boum ! J’étais sur mon lit et sérieux, j’avais la flippe.
- habillé ou en pyjama ? Me demanda Thomas.
- Comment ça habillé ou en pyjama, j’en sais rien moi, c’était dans un rêve, Et dans un rêve, tu te vois pas, enfin bref, c’est pas important. Le plus important c’est que le dernier verrou allait céder, et que je ne voulais surtout pas savoir ce qui allait rentrer dans ma chambre.
- Nabilla en bikini, essaya Momo sans réponse de ma part.
Hé, Momo, c'est mon rêve ! Alors, la bimbo en bikini, tu la dégages de là tout de suite !

- j’ai bondi du lit et j’ai ouvert le placard pour m’y planquer.  Sauf que dans le placard, y avais un énorme puits et je suis tombé dedans, au moment même où la porte explosait.
- Et donc, t’as pas vu Nabilla rentrer dans ta piaule. C’est dommage, tu lui aurais demandé une photo dédicacée…
- C’est souvent, dans les rêves, On tombe dans une chute sans fin. Il parait même que ça a une signification. Il faudrait que j’étudie ça. Freud, si mes souvenirs sont bons, avait une hypothèse, tenta Thomas.
Mais personne, en tous cas pas moi et encore moins Momo, n’avait envie d’entendre Thomas soliloquer des plombes sur les théories foireuses du mec Freud.
- Vas-y, Marceau, enchaine ! On veut connaitre la chute, l’ avait coupé dans son élan un Momo décidemment en grande forme ce matin.
- Ok ! Ok ! Je tombais, Je traversais des nuages…
- Superman en slip, fit Momo en imitant, poing brandi en l’air, le super héros sus-cité.
- En bas il y avait un autre monde.
- Je rêvais d’un autre monde, chantonna Momo, grand amateur de tubes antédiluviens, en mimant un guitar héro à trois balles devant sa Wii.
- Un monde pas comme la banlieue, on aurait dit la campagne, avec des collines, des petits bosquets, et des falaises qui donnaient sur une mer toute sombre. Plus je m’approchais du sol et plus je voyais où j’allais m’écraser. Une clairière au beau milieu d’un bois, avec au centre un gros rocher, comme un menhir. Sur le menhir, y avait écrit…
- NTM, n…e la BAC !

Y avait des trucs chelous écrits sur le gros menhir, un peu comme des tags tracés au stabylo vert fluo.

- Momo, tu n’es pas sympa, avait tenté de protester Thomas. Ton rêve, il est intéressant, Tiens, tu sais quoi, Marceau ? Ça ferait un bon début d’histoire.
Ah oui ? Sérieux ?
Merci Tomtom.
Je n’y avais pas pensé.
Hier soir, après avoir longtemps discuté avec ma mère, des filles, des préservatifs, des MST et autres joyeusetés qui vont avec le passage de l’enfance à l’adolescence, je m’étais remis à l’écriture de mon roman.
Remis est un bien grand mot, puisque je n’avais pas été plus loin que ce maudit Chapitre 1 perdu en haut de l’ écran.
Thomas, mine de rien venait de me débloquer.
Simple, évident. J’avais le début de mon histoire.
J’étais impatient d’être à ce soir, où je pourrais enfin en commencer la rédaction.
Sauf que cette journée qui s‘annonçait pourtant banale allait connaitre des rebondissements bien imprévus.

3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. (V2 j'ai corrigé les fautes)
    Sympa ces petites illustrations qui accompagnent le texte.
    Bel interlude qui met en haleine mais finalement trop court à mon goût.
    Sinon toujours pour déblatérer sur ma vie,
    le genre de rêve que je fais souvent ce n'est pas la chute interminable mais je suis au volant d'une voiture et j'ai beau appuyer sur le frein mais le précipice se rapproche toujours et cette p'tain de caisse ne s'arrête pas...
    Qu'en dit Thomas ?

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  3. Tomtom consultera tous les ouvrages possibles et imaginables pour tenter de répondre à ta question Yann.
    Par contre, à mon avis, tu devrais amener ta tire au contrôle technique.
    Conseil d'ami.
    On est jamais trop prudent...
    Merci pour les illustrations.
    Je commence à me roder.
    Prochain chapitre : Baston !

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