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| Scrogneugneu ! |
Je vous présente ma mère.
Quand elle rentre du taf, elle râle. Une sorte de rituel.
- Désolé, m’man, je fais mes devoirs.
Heu, petit mensonge, là. Je venais de finir le bouquin de monsieur Paturot et j’avais décidé de ne pas attendre d’être plus grand pour commencer à écrire mon roman. Internet toujours en rade, c’était donc l’occasion ou jamais.
Et si ma mère montait à l’improviste dans ma chambre, force serait de constater que, non, maman, tu vois, je ne suis pas en train de geeker sur un jeu vidéo, l’écran de mon ordi affichant une page words sobre comme preuve de mon sérieux. Moi triomphant, visage angélique de lui annoncer : « Tu vois, m’mam, je bosse. On doit écrire un roman pour l’école. »
Hé ! hé ! J’avais tout préparé.
Mais pour le moment, ça s’agitait en bas. Remue ménage dans la cuisine, placards qui claquaient bruyamment, Lave-vaisselle qui se mettait en route. Ah, tiens, TV qui s’éteignait. Une nuisance sonore de moins. C’est vrai que j’abusais un peu. Mais bon, un ado qui range ses affaires c’est déjà presque un vieux, non ?
Avec toute cette effervescence à l’étage du dessous, c’était un peu difficile de se concentrer.
Chapitre 1 :
Voilà tout ce que j’étais parvenu à écrire après une bonne heure planté devant le clavier. Pas évident le métier d’écrivain.
Pourtant, je l’imaginais déjà, la couv de mon futur bouquin. Un super dessin avec des créatures magiques, des fées un peu dévêtues, mais pas trop. Juste assez pour titiller le lecteur.
Le titre en grosses lettres gothiques : Le royaume des fées.
Et juste au dessus le nom de l’auteur : Marceau Martin. Moi.
Un drôle de prénom au passage.
Marceau : On appelle ça un retro-prénom. Oublié et tombé en désuétude puis remis au goût du jour par des parents un peu bobos qui cherchent à tous prix l’originalité.
Moi, il me plaisait bien, mon prénom. Enfin, je m’y étais habitué. Et puis ça changeait des Kevin, Bryan, Lucas, Enzo, Jules qui s’étaient multipliés comme des petits pains dans la cour de récré depuis quelques années.
Marceau : Non, je ne venais pas de la planète Mars, je n’habitais pas à Marseille et je n’étais pas né, non plus durant le troisième mois de l’année. Et je vous rassure, je n’étais pas muet, ça c’est une lapalissade.
Marceau, Le royaume des fées. Sérieux, ça claquait, non ?
Bon, j’avoue, un peu pompé sur le titre du bouquin de Mr Paturot. Mais ce titre s’était imposé à moi comme une évidence. Il était arrivé tout seul, comme par magie, sans même y réfléchir.
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| Pas facile de commencer un roman... |
Chapitre 1 :
Par quoi commencer ?
Il était une fois…
Non, trop classique.
Un jour, le héros…
Tiens, ça me faisait penser que je ne savais même pas comment j’allais l’appeler mon héros.
Ni même à quoi il ressemblait.
Et encore moins ce qu’il était.
Un garçon ? Une fille ? Un enfant ? Un ado ? Un adulte ?
Si c’était un adulte, il fallait lui donner une profession, un passé, une histoire avant l’histoire.
Non, trop compliqué. Sans compter que pour moi, le monde des adultes, c’était le truc le plus barbant qui soit !
Allez hop ! Mon héros serait un ado. Comme ça, on esquivait le problème du passé et des antécédents.
Avant d’être ado, mon héros était enfant, et encore avant, ben, il était pas né !
Fastoche, non ?
J’avoue, c’était la solution la plus commode. Mais je savais que j’aurais largement l’occasion de complexifier les choses par la suite.
D’abord poser des bases simples. Une fondation solide.
Chapitre 1 : Un jour, le héros, du nom de…
Du nom de ???
Mince ! Comment j’allais l’appeler ce héros ado?
A ce moment, je m’étais mis à la place de mes parents qui devaient choisir le prénom de leur futur rejeton, ma pomme en l’occurrence, et je pense qu’ils avaient du bien galérer. Avant même de naître, je leur avais déjà donné des cheveux blancs. Désolé, pas ma faute ! Nom coupable votre honneur. (Pas mal le jeu de mot à la ligne du dessus, non ? Ok, je recommencerai plus !).
C’est bien sympa ces petites digressions, mais en attendant, toujours pas de solution à mon problème.
Et même pas de Google pour me venir en aide.
J’avais lu, un jour, quelque part, sans doute dans une vielle revue qui trainait dans les toilettes, que la plupart des auteurs s’inspiraient de leur entourage pour définir leurs personnages.
Pourquoi pas ?
Si des astuces existaient pour donner un coup de pouce à ma créativité un peu défaillante, autant en profiter.
Alors, voyons lequel de mes proches pourrait me servir de canevas pour mon futur héros.
Thomas ?
Avec ses cheveux roux, ses taches de rousseur, ses grosses lunettes qui le faisaient ressembler à un hibou, son allure chétive et sa ventoline, non, impossible. Eliminé d’office. Désolé Thomas.
Momo ?
Une petite boule de nerfs, un démon se dissimulant sous un visage d’ange, un électron libre, incontrôlable, toujours premier de la classe pour les bêtises, mention très bien en section recherche et développement d’instruments improbables pour faire péter les plombs de madame Touffaux, la prof de physique/chimie.
Sacré Momo.
Mais comment faire de lui mon héros alors qu’il passait la plupart de son temps chez Mr O. Piquet, le proviseur du lycée, ou collé tous les samedis de 8 heures 30 du mat à 16 heures 30…
Non, décidemment, un planning bien trop chargé pour devenir le personnage principal de mon roman.
Virginie ???
La belle Virginie.
Heu… Non. Virginie est une fille.
Et puis, j’y connaissais pas grand-chose en psychologie féminine. Et de toutes façons, j’avais décidé que mon héros serait un mec. Point barre.
Merci les amis.
C’est cool de pouvoir compter sur ses potes pour vous sortir de la galère.
Toc ! Toc !
- Je peux entrer ?
Ma mère. Elle frappait, elle ouvrait la porte, elle rentrait dans ma chambre et elle demandait si elle pouvait entrer. A chaque fois la même chose. Bonjour l’intimité !
Penser à investir dans un verrou. Un gros verrou. Je la croyais capable d’essayer de défoncer la porte si elle ne s’ouvrait pas illico après le premier toc.
- Tu fais tes devoirs, mon chéri ?
Tu parles, penchée sur l’écran de l’ordi, pour vérifier que je n’étais pas au beau milieu d’une partie de jeu vidéo, c’était tout ma mère, ça. L’inquisition. Il n’existe pas un manifeste de l’adolescent pour faire valoir ses droits ? Non ? Ben faudrait l’inventer.
- Oui M’mam, On doit écrire un roman, pour l’école. Et je viens de commencer. (comme tu peux le voir !)
Voilà, le mini mensonge était sorti. Tout de go. Sans la moindre hésitation, ce qui m‘aurait valu un regard soupçonneux. Je ne mens quasiment jamais, mais là, c’était pour la bonne cause.
- Mon petit Victor Hugo, Un roman… Et tu t’en sors ?
- Oui, c’est juste le nom de mon héros. Je n’arrive pas à me décider.
- Ton héros, c’est un garçon ? Une fille ?
- Non, pas un fille, un garçon. Un ado comme moi et…
- Tu n’as qu’à l’appeler Marceau s’il est comme toi.
- Mais, m’man, c’est impossible, je n’ai pas le droit, je ne peux pas appeler mon héros comme moi.
- Et pourquoi pas ? C’est toi le maître de ton histoire. Tu as tous les droits. Dans le pire des cas, si le nom te pose un problème, tu pourras le changer par la suite.
Ma mère avait ce don exceptionnel. Démêler les situations inextricables d’un simple claquement de doigts.
Règle numéro un : En tant que maître de mon histoire, j’avais tous les droits.
Mon héros ado s’appellerait donc Marceau.
Il m’obéirait au doigt et à l‘œil.
Si je décidais qu’il allait à droite, il irait à droite.
Si je voulais qu’il aille à gauche, qu’il marche en boitant, et voire même en imitant le moonwalk de Mickael Jackson, il s’exécuterait sans état d’âme.
Tiens, peut-être même que je le ferai voler. Il est libre Marceau, y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler. La chanson préférée de maman.
- Et il parle de quoi ton roman ?
Pour le moment, l’écran de l’ordinateur affichait juste un pauvre « chapitre 1 » perdu tout en haut de la page words.
A cet instant de l’interrogation de ma mère, je n’avais aucune, mais alors aucune idée de l’histoire que j’allais écrire.
Pourtant, pirouette non calculée, je lui répondis du tac au tac sans aucune tergiversation.
- c’est une histoire fantastique. Le héros un ado, normal, comme moi, doit sauver le royaume des fées, menacé de destruction massive par des créatures maléfiques.
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| Je l'imaginais déjà la couv de mon roman. Sauf que j'avais aucune idée de quoi il parlerait. Des fées. Un peu sexy. Ouais, bonne idée ça ! |
- Hum… un peu comme dans le livre de monsieur Paturot ?
La claque . Le coup de boule. La balayette sournoise de ma daronne, affichant un demi sourire lourd de sens tout en me fixant sans sourcilier.
Pas fairplay.
Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça ?
- Tu… Tu l’as lu ?
- Disons que je l’ai parcouru. Il semblait tellement te passionner. C’est normal que ta maman s’intéresse aussi à ce que tu lis.
Mais oui, c’est ça.
Inquisition 2, le retour. C’était surtout pour vérifier que je ne lisais pas des trucs trop adultes avec des scènes un peu cochonnes, comme dans les livres du père de Momo.
Un peu old school, ma daronne. Très protectrice.
J’avais bientôt 15 ans quand même.
Et puis j’en avais déjà lus des bouquins interdits. (SAS, la brigade des mœurs, Blade). Enfin, juste les séquences sélectionnées par mon pote. Mais contrairement à lui, ça ne me plaisait pas plus que ça.
- Il y a quand même des passages un peu difficiles pour ton âge, non ?
Nous y voilà.
- mais bon, c’est une belle histoire. J’ai adoré aussi, enchaina-t-elle de suite.
Ouf. Ce soir, Marceau, 15 ans, presque un homme, n’aurait pas le droit aux sempiternelles recommandations concernant les filles, les préservatifs, les MST, et tous ces problèmes qu’on a pas du tout envie d’aborder avec ses parents, et surtout pas avec sa mère.
Un peu de pudeur, quoi !
Heureusement qu’elle n’était pas tombée sur le dernier SAS que m’avait refilé Momo. Celui-là était bien planqué au beau milieu d’une pile de tee-shirts dans l’armoire. Aucun risque qu’elle ne le trouve.
- En tous cas, je préfère que tu lises ça plutôt que le bouquin dégoutant que tu caches dans l’armoire. Hein Marceau ?
Punaise…
Armageddon !
Coup de boule dans le plexus !
Il allait me falloir non seulement un énorme verrou, mais également une serrure digne d’un coffre-fort de la banque de Rothschield.
- Quand tu auras fini, tu descendras qu’on discute un peu.
Ma mère tourna les talons, sortit de ma chambre en laissant la porte grande ouverte, m‘abandonnant là, abattu, abasourdi et surtout rouge comme une plaque électrique en surchauffe.
Il me fallut bien cinq bonnes minutes pour réagir.
Me lever de mon siège, pantelant.
L’armoire à coté de mon bureau ne m’avait jamais paru aussi menaçante depuis que j‘occupais cette chambre. Même tout minot, la nuit, quand terrorisé dans mon lit j’appelai tout doucement ma mère qui me sauverait du monstre qui s’y était planqué.
En cet instant, le monstre avait pourtant le visage de celle qui venait me rassurer durant ces nuits terrifiantes.
J’ai pris une grande bouffée d’oxygène et j’ai ouvert ce maudit placard.
Au milieu de la pile de tee-shirts, à côté du bouquin immonde de Momo, une petite carte de bristol :
" Quand tu auras cinq minutes, Marceau, il faut qu’on discute.
Signé : Mumm."




Très belle suite qui conduit mon esprit à une question :
RépondreSupprimer- est ce que l'histoire va nous mener dans une double narration (l'histoire de la vie de Marceau et l'histoire qu'écrit Marceau) hummm ça peut être intéressant (connaissant ton univers ça peut le faire)
Sinon la daronne rien à dire, même schéma reproductible d'une mère à l'autre et même combat pour les ados. Ca me rappelle, un soir en rentrant du lycée (oui il y a plus de 15 ans déjà) où la mienne avait étalé sur mon bureau une belle collection de magazine très intellectuel que je gardais jalousement sous mon lit !
Sinon une petite chose à changer sur la mise en page :
-Bien que l'histoire se lit facilement, une mise en page sur fond beige et ou a minima un format de mise en page justifié permettrait aux yeux (et à l'intellec) de se plonger plus sereinement dans la lecture
Encore bravo pour les petits détails (pour moi c'est devenu un jeu de les chercher)
MDP : à quand la suite !
Merci Hoorgs.
RépondreSupprimerOn a tous eu le même maman, je crois.
Mais ma plus grosse honte, je l'ai chopée à la maison de la presse de Pierrefitte. (Tiens, bizarre, c'est le lieu où va se dérouler mon histoire...)
J'étais perché sur la pointe des pieds, tentant désespérément d'attraper un journal plein de photos anthropométriques de jeunes dames dévêtues, lorsque mon paternel est rentré dans la boutique, sans doute pour acheter son Foot magazine hebdomadaire.
Comme il était bien plus grand que moi à l'époque, ben , il a attrapé le "LUI" tant convoité, s'est dirigé vers la caisse et a payé les deux magazines.
En sortant, j'étais rouge comme une affiche du parti communiste.
Il m'a tendu le Foot magazine en me disant : " Un peu de sport, ça peut pas te faire de mal."
Et il a gardé l'autre...
Qu'il m'a refilé pour mon quinzième anniversaire.
J'ai testé le beige, mais ça me parait moins lisible.
J'ai un pote web designer qui doit me filer un coup de main.
Merci encore pour toutes tes indications qui me donnent des bonnes pistes.
Prochain épisode, Vendredi.
En fait, j'ai déjà écrit 24 chapitres...
Mais c'est surtout les dessins qui me prennent un max de temps.
Il y aura effectivement un roman dans le roman.
RépondreSupprimerEt qui sait ?
Les deux vont peut-être finir par se rejoindre...
Et Kick Ass est mon film de super héros préféré...
RépondreSupprimerLogique qu'il apparaisse sur l'écran de la TV.
Pour la mise en page c'est surtout important pour différencier tes billets d'info de la vrai histoire.
RépondreSupprimerCa la mettra plus en valeur (déjà en justifiant le texte ça devrait le faire)
j'adore le MDP .....
RépondreSupprimerHeu oui, Cat, mais comme c'est aussi mon MDP pour tous mes comptes, tu ne l'ébruites surtout pas, hein ?
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