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vendredi 6 février 2015

Chapitre 15 : Retour vers le passé.



- On y retourne !
C’était une évidence. Madame Leroy nous avait caché quelque-chose quatre ans auparavant. Il y avait une étincelle énigmatique dans son regard au moment où elle m’avait attrapé le poignet. Un truc électrique dans sa poigne, surprenante pour une si vieille personne.
Bref, trop de coïncidences. Trop de trucs chelous.
Et le monolithe comme une sorte de leitmotiv mystérieux.
- Hein, quoi ? Qu’et-ce que tu racontes s’interrogeait Thomas tandis que je montais les marches quatre à quatre pour chercher un pantalon dans le capharnaüm de ma chambre en boxon.
- La photo ! La baraque de madame Leroy, tentais-je d’expliquer en enfilant mon jean noir fétiche.
- Laisse tomber, Thomas, il a pété un plomb, fit Momo en faisant des moulinets de son index pointé sur sa tempe rasée où siégeaient les nombreux témoignages de ses bastons passées.
J’étais de retour dans le salon, et je me battais avec mes Convers que j’essayais de chausser à l’envers, ce qui conforta Momo dans son affirmation précédente.
- Ecoutez, les mecs, y a plein de trucs étranges depuis la rentrée, je vous ai pas tout raconté. Ça a  commencé avec le bouquin de Paturot, qui parle d’un peuple fantastique réfugié dans une tapisserie…
- Ha ouais, et quand tu marches dessus, tu te prends pour Godzilla ?
- Laisse-le continuer, Momo, ça m’intéresse.
- C’est ce bouquin qui m’a inspiré pour écrire mon histoire.
- Celle du rêve ?
- Oui, Un peuple de fée prisonnier d’un mystérieux monolithe…
- Un MoMolithe ?
- Mais non, un Monolithe, une grosse pierre, comme un menhir mais en plus gros, expliqua le savant rouquin à son pote un peu moins futé.
- Sauf que ce monolithe et le thème de mon bouquin sont apparus juste après dans un jeu vidéo coréen.
- En gros, tu t’es fait plagier par des coréens, c’est normal, c’est tous des copieurs là-bas, tenta de m’expliquer Tomtom.
- Mais non, banane, il vient de te dire qu’il l’avait écrite juste avant, son histoire. Tu sais combien de temps ça met pour faire un jeu vidéo ? Des semaines au moins. Ils ont pas pu l’faire en une nuit.
- Voilà, c’est ça, Momo, et c’est pas tout. Vous vous souvenez, notre exposé, là, sur la photo. La vieille bicoque, vous la reconnaissez ? Madame Leroy !
- Ouais et alors, je vois pas le rapport, mec.
- Punaise, achète-toi un neurone ou deux, y’en a en soldes chez Franprix ! Pierrefitte ! L’étymologie ! Pierre fichée ! Monolithe !
- C’est une coïncidence, je ne vois pas…
- Mais bon sang, je sais bien que les maths c’est pas ta matière favorite, Tomtom, mais des fois, faut savoir additionner 1+1+1 !
- Ça fait deux, non, j’ai oublié la retenue. Ça fait 4, calcula mentalement notre nullité nationale en s‘aidant de ses doigts aux ongles rognés. J’ai nommé Momo.
- Ecoutez, on retourne voir madame Leroy. On lui pose la question et puis basta. OK ?
- Cool, je vais pouvoir finir ma gravure sur bois, ajouta notre délinquant en herbe qui aurait du tenter un CAP d‘ébénisterie plutôt que la voie sans issue des études généralistes.

Pendant que nous remontions d’un pas assuré l’avenue Charles De Gaule vers la butte Pinson, je ne pouvais m’empêcher de penser que Momo avait forcément raison.
Simples coïncidences.
C’est mon esprit un peu imaginatif qui avait fabriqué des liens artificiels.
Je cogitais un peu trop.
Mais je voulais en avoir le cœur net.
Quand même, avouez que ça commençait à faire un peu beaucoup, non ?

La butte pinson et le bois de Richebourg étaient tels que nous les avions laissés il y a trois ans.
En pire.
Aucun entretien, l’endroit commençait sérieusement à ressembler à une décharge, d’autant qu’une centaine de gens du voyage y avaient établi leur campement dans sa partie Ouest, de l’autre côté de l’avenue qui le coupait en deux.
Une grande bâche en plastique pendait, accrochée aux branches des arbres dégarnis, ressemblant de loin à une immense toile d’araignée. Sans doute un vestige de la dernière tempête en date.
Le sol recouvert d’un tapis orangé de feuilles maladives était vérolé de déchets multicolores qui mettraient pour la plupart des siècles à être enfin digérés. Au pied d’un arbre cancéreux, trônait une vieille machine à laver dont le hublot entrouvert vomissait des immondices aux relents de infects de putréfaction.
Nous n’étions pas seuls.
- Regarde, m’indiqua Momo, d’un petit geste muet du menton.
Une  petite Fiat gris métallisée était garée sous le couvert des ruines du moulin de la galette. Elle était agitée du mouvement presque imperceptible d’un lent et régulier va-et-vient.
- On devrait partir, chouina Tomtom, un rien froussard.
- T’inquiètes, le rassura Momo, qui venait de ramasser une canette de Desperado vide et la balançait avec dextérité en direction de la lunette arrière.
Et une despé pour le petit couple en train de forniquer dans la bagnole !
Envoyez la commande !



Spash ! Fit le projectile bien centré en rencontrant sa cible.
Aussitôt, deux têtes ébouriffées et rougeaudes apparurent dans l’écran de la vitre.
Un mec et une nana nous dévisagèrent ébahis, avant de réintégrer leur place respective dans le véhicule, qui démarra en trombe et sans demander son reste.
Notre lanceur professionnel était plié en deux.
Thomas n’avait forcément pas tout compris.
Et moi, je fixai la maison biscornue en face.
Avec un long frisson d’effroi.

1 commentaire:

  1. Coucou,
    un petit message de soutien, pour t'encourager à poursuivre, car là on reste sur notre fin depuis début février ;).
    Sinon la forme, j'imagine que tu es en plein bouclage d'Alice T3.
    Aller, en espérant continuer à lire la suite d'ici peu.

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